Le business florissant des écoles privées
Arrivées dans le secteur vers la fin des années 90’ de manière informelle et réglementées en 2004, les écoles privées agréées par l’Etat se sont multipliées ces dernières années en raison notamment de l’augmentation de la demande.
Leur nombre est passé de 100 en 2005-2006 à 156 en 2009-2010 et à 292 établissements actuellement sur 22 wilayas pour près de 60 000 élèves sur 8,5 millions d’élèves scolarisés, selon les chiffres du ministère de l’Education nationale.
20 à 30 écoles privées ouvrent chaque année. Elles font appel pour l’encadrement à des retraités du secteur public, aux diplômés au chômage, donc sans expérience pour l’encadrement pour des tarifs allant de 12 000 à 60 000 DA par mois, voire plus.
Cela pour dire que l’école est aujourd’hui objet de spéculation. Généralement, ce sont des retraités du secteur, des enfants ou des femmes d’anciens cadres qui se lancent dans cette aventure qui semble porteuse pas en termes de résultats d’examens officiels, mais en termes de gains pour leurs propriétaires. C’est une conclusion du ministère de l’Education qui le dit.
Les écoles privées enregistrent les plus faibles résultats par rapport à celles relevant du public, même si certaines donnent satisfaction dans ce domaine ou en termes de respect des normes pédagogiques.
En revanche, en matière de bénéfices, même si les responsables préfèrent rester discrets sur cette question, la situation semble différente. Sinon comment expliquer l’expansion opérée par certains établissements privés ? Les parents qui ont eu une mauvaise expérience le disent d’ailleurs : «Ces établissements, on ne peut pas les appeler écoles mais entreprises.
C’est l’esprit du business qui règne à ce niveau», lit-on dans un forum de discussion autour de cette question. «J’ai payé la scolarité de mon fils à 200 000 DA à raison de 18 000 DA par mois l’année passée pour avoir en fin de compte des résultats médiocres. Le taux de réussite au BEM dans le collège où était inscrit mon enfant était de zéro l’année précédente. Gonflait-on les notes alors, nous mentait-on sur le niveau de non enfants ?» s’interroge une maman déçue.
Les syndicats : «l’éducation n’est pas une activité commerciale»
La déception est également affichée à l’égard des tarifs appliqués. Parents et syndicalistes et même chefs d’établissement privé parlent d’exagération. «Dans notre milieu, il y a eu des déviations, certains ont fait de ces écoles des fonds de commerce, sans plus», regrettera une directrice.
«De nos jours, il faut être archimilliardaire pour scolariser son enfant dans une école privée», fera remarquer de son côté Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest) qui poursuivra : «C’est vrai que les parents retrouvent dans le privé des prestations qui n’existent pas dans le public, mais les tarifs appliqués sont exagérés. Il faut voir le côté éducatif.
Mais ce volet a été mis de côté en faveur de l’objectif financier alors que les écoles privées sont censées rendre service à l’Etat et alléger la pression sur le public», poursuivra-t-il.
Et de regretter l’installation de l’anarchie dan ce secteur. «Il faudrait revoir toutes les conditions régissant ces écoles», plaidera-t-il. Justement, la loi en question (décret exécutif n° 04-90 fixant les conditions de création, d’ouverture et de contrôle des établissements privés d’éducation et d’enseignement) sera révisée, selon le ministère de l’Education. Les parents sont aussi appelés à s’organiser via les associations pour mettre fin à ces dépassements, de l’avis de M. Meriane.
Un appel également lancé par Sadek Dziri, président de l’Union nationale du personnel de l’enseignement et de la formation (UNPEF). «L’éducation n’est pas une activité commerciale. Ce qui n’est pas le cas. On veut qu’il y ait complémentarité entre le public et le privé», dira-t-il appelant les responsables du secteur à faire une évaluation détaillée de l’expérience de l’école privée pour trouver les solutions adéquates.