ru24.pro
World News in French
Март
2026
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31

Oh ! Ma jolie Sarah…

0

On ne pourra pas dire que Sarah Knafo aura attendu de réaliser le très estimable score de 10% aux municipales parisiennes pour sourire. Avec 10%, elle a en effet de quoi, quand on veut bien considérer qu’il se trouve encore 35% d’électeurs parisiens pour adouber le dauphin, l’héritier désigné, le continuateur de Madame Hidalgo. À croire que le Paris qu’elle leur laisse leur convient parfaitement, endettement et surmulots compris. 35% pour une resucée de six années d’hidalgisme, voilà qui, on en conviendra, donne tout son prix à la louable performance de la dame de Reconquête.

Au-delà de cette circonstance particulière, s’il y a une chose que Sarah Knafo a parfaitement comprise, c’est le grand manque que nous pouvions ressentir depuis des lustres face au spectacle – souvent navrant il est vrai –  du grand cirque de la politicaillerie. Ce manque : le sourire.

Toutes considérations de programme, de convictions, d’opinons mises à part, la candidate à la mairie de Paris nous aura apporté au moins cela, le sourire en politique.    

Pas le sourire niais d’un Lecanuet, ce monsieur dents blanches haleine fraîche dont les moins de vingt ans – peut-être même les moins de cinquante – ne peuvent se souvenir. Le sourire genre ravi de la crèche. Sourire factice, fabriqué, mécanique, façon bellâtre de tréteau de foire, illustration finalement assez fidèle du piètre politicien qu’il était.

Non, en l’occurrence il ne s’agit pas du tout de cela. Le sourire Knafo dit quelque chose de sensible, d’évident que, pour simplifier, on pourrait qualifier de joie de vivre. Sur les plateaux de télévision, dès la première minute, elle sait donner l’impression qu’elle est heureuse d’être là. Et sans doute l’est-elle en effet.

A lire aussi: Chez Sarah Knafo, l’euphorie à l’épreuve du bandeau de BFMTV

Ce faisant, elle inaugure un nouveau type de personnage du casting électoral. Le snipper souriant. Le flingueur à double détente, la dialectique et la zygomatique. C’est ravissant et ça fait un bien fou. Voltaire, je crois, disait « la gaieté désarme ». Sarah a compris cela. Preuve d’intelligence. Et de sens politique. Quand on vous balance en substance en plein débat : « Monsieur vous êtes un con », ou une gentillesse approchante, et que cela vous est asséné avec un charmant sourire des lèvres et de la prunelle, difficile de monter après cela dans les tours sans se ridiculiser.

Le grand problème avec le sourire est qu’on l’a ou qu’on ne l’a pas. S’y forcer sonne toujours faux et il n’y a pas pire que cela. Plus contre-productif, tu meurs ! Le sourire contrefait ne pardonne pas. Sarah Knafo, donc, l’a, elle.

Il faut espérer deux choses. Premièrement qu’elle ne le perde pas, tant la vie politique est âpre et ne prête que très exceptionnellement à se réjouir. Deuxièmement, plus important encore, qu’elle le garde en l’état. C’est à dire, spontané, naturel…Que nous continuions à avoir ce petit quelque chose qui, d’un seul coup d’un seul, rend un peu moins barbant et convenu le pugilat électoral.

On l’a ou on ne l’a pas, ce sourire, disais-je. L’idée de ce petit billet m’est venue en voyant les deux photos, les deux portraits qui illustrent un papier récent d’Ivan Rioufol, paru ici même. Sarah et Rachida. Regardez bien. L’une, la commissure des lèvres vers le bas, bouche plutôt maussade, illustration parfaite de l’expression « faire la lippe », l’autre, la commissure des lèvres vers le haut. Déjà, au naturel, au repos allais-je dire, l’esquisse, l’amorce d’un sourire. Mieux que l’amorce, la promesse d’un sourire. Par le temps qui courent, ce n’est pas peu de chose…

L’article Oh ! Ma jolie Sarah… est apparu en premier sur Causeur.