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Февраль
2026

Grande-Bretagne: Reform ou Restore?

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La fracture du souverainisme britannique fait écho aux divisions du camp national en France, entre RN et Reconquête!


La naissance récente du parti Restore, fondé par Rupert Lowe, marque une nouvelle étape dans la recomposition du camp souverainiste britannique. Elle intervient au moment même où, selon les sondages, Nigel Farage semble proche du pouvoir.

Restore : déjà 100 000 adhérents

Ancien homme d’affaires devenu député du parti de Nigel Farage, dont il a claqué la porte, Rupert Lowe a lancé le 13 février son propre parti. En deux semaines, le mouvement revendique déjà 100 000 adhérents et plus d’un million de sympathisants sur les réseaux sociaux.

DR.

Rupert Lowe, qui a reçu les soutiens notables d’Elon Musk et de Tommy Robinson, s’est notamment fait connaître par son implication directe dans le dossier des grooming gangs, ces réseaux d’exploitation sexuelle de mineures blanches par des gangs pakistanais, négligés par les autorités par crainte d’être accusées de racisme. Critiquant l’enquête officielle, M. Lowe a contribué à financer une enquête indépendante destinée à recueillir les témoignages de victimes et à documenter les défaillances des institutions publiques.

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Rupert Lowe reproche à Nigel Farage d’avoir modéré son discours afin d’apparaître comme un dirigeant gouvernemental crédible, tandis que le second considère le premier comme un agitateur incapable de gouverner.

La rupture entre les deux hommes est d’abord personnelle. Lowe accuse la direction de Reform UK d’avoir cherché à l’écarter en le signalant à la police pour des accusations de harcèlement qu’il conteste. Une perquisition nocturne à son domicile, finalement sans suites judiciaires, a achevé de rendre leurs relations ouvertement hostiles.

Divergence sur la remigration et l’islam

Derrière ce conflit personnel se profilent toutefois de profondes divergences politiques, notamment sur la question de la remigration. Nigel Farage défend une politique d’expulsions massives visant principalement les clandestins et les déboutés du droit d’asile. Rupert Lowe va plus loin en préconisant un programme de départs à grande échelle visant non seulement l’immigration illégale, mais aussi une partie des immigrés installés légalement.

Une autre ligne de fracture concerne la place de l’islam dans la société britannique. Nigel Farage, tout en dénonçant régulièrement l’islamisme et les échecs de l’intégration, concentre l’essentiel de son discours sur l’extrémisme religieux plutôt que sur l’islam lui-même, dans une logique de respectabilité politique et d’élargissement électoral.

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Rupert Lowe adopte au contraire une approche frontale. Il met en garde contre l’islamisation du Royaume-Uni. Restore propose l’interdiction du voile intégral, la suppression des tribunaux islamiques et une réduction drastique de l’immigration en provenance de pays musulmans.

La division du camp souverainiste intervient à un moment où Reform UK s’impose comme la formation politique la plus populaire du royaume. Les derniers sondages le placent aux environs de 30% des intentions de vote, loin devant les conservateurs et les travaillistes, situés autour de 15 à 20%. Le système électoral britannique du first past the post, fondé sur des circonscriptions uninominales à un tour, pénalise sévèrement les divisions au sein d’un même camp. Les élections locales prévues au mois de mai constitueront à cet égard un test important du poids respectif des partis.

Le Pen–Farage versus Zemmour–Lowe ?

Le débat britannique trouve un écho évident en France, où le camp national est lui aussi traversé par une rivalité persistante entre le Rassemblement national et Reconquête. Comme Nigel Farage, Marine Le Pen et Jordan Bardella cherchent à crédibiliser l’image du Rassemblement national comme parti apte à gouverner. Comme Rupert Lowe, Éric Zemmour assume une ligne plus radicale, notamment sur la question de l’islam. Pour Marine Le Pen, celui-ci est compatible avec la République française, tandis qu’Éric Zemmour soutient au contraire qu’il constitue une civilisation incompatible avec la France.

Sur le plan économique, Rupert Lowe apparaît plus libéral et attaché à la réduction du rôle de l’État, tandis que Nigel Farage assume une ligne plus interventionniste, évoquant même la nationalisation de l’industrie sidérurgique — une différence qui rappelle en France l’opposition entre le programme social du Rassemblement national et l’orientation plus libérale de Reconquête.

Au fond, la rivalité entre Reform et Restore, bien résumée par leur nom respectif, renvoie à un dilemme classique des mouvements classés à la droite de l’échiquier politique : faut-il privilégier la conquête du pouvoir ou la cohérence doctrinale afin de peser sur le débat politique ? Le système électoral britannique tend historiquement à encourager la première stratégie. Mais la progression rapide de Restore, si elle se confirmait, montrerait que la seconde dispose elle aussi d’un espace politique significatif, à l’image de Reconquête en France.

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