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La Stockholm School of Economics, berceau des startupers suédois

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Depuis la colline de l’Observatoire, au nord de la capitale suédoise, impossible de manquer sa coupole verte. La Stockholm School of Economics (SSE) trône, repère au milieu du paisible quartier de Vasastan. Derrière sa façade néoclassique et son imposante porte noire, la bâtisse abrite un hall moderne et lumineux aux murs parés de végétation. Arpenter ses couloirs, c’est marcher dans les pas des icônes de la réussite du pays, à l'image de Sebastian Siemiatkowski, fondateur de Klarna, champion suédois du secteur des fintech. Ironie du sort, ses amphithéâtres ont accueilli deux Johan Forssell – l’actuel ministre de l’Immigration et l’ancien patron de la holding Investor. Le prix Nobel d’économie Bertil Ohlin, honoré par une statuette à son effigie près de l’entrée, a quant à lui connu l'ancienne adresse de l'école, du temps où les cours se déroulaient dans au sein de l'hôtel Brunkebergs, jusqu'en 1926.

C'est notamment sous l'impulsion du ministre et banquier Knut Agathon Wallenberg que l'institution est créée en 1909, avec comme ambition d'"élever le statut social de la classe marchande". Un siècle plus tard, la SSE est devenue la meilleure école de commerce du monde scandinave. En particulier, l'un de ses programmes est classé neuvième du palmarès international des masters en management du Financial Times. "Quand on leur demande quelle école ils auraient choisie s’ils n’étaient pas admis à la SSE, nos étudiants citent généralement une université située hors de la Suède", se félicite Lars Bergman, ancien président de l’école dans les années 2000.

Virage international

Dans les conversations entre étudiants, tout comme sur les panneaux indicateurs, l’anglais a supplanté le suédois. Le fruit d’un choix assumé. "Pour retenir les talents nationaux et en attirer de nouveaux, nous avons décidé de passer d'une école de commerce suédoise à une école de commerce internationale basée en Suède", argumente Lars Strannegard, l'actuel président de l’institution. Partenaire d'une centaine d'universités étrangères, dont HEC et Sciences Po, la SSE a également ouvert des campus affiliés à Riga et à Saint-Pétersbourg - cette dernière collaboration est toutefois suspendue depuis 2022. Parmi ses 2000 étudiants, près de la moitié vient de l’étranger, licence et master confondus. Avec un traitement privilégié pour les Européens, exemptés de frais de scolarité. Bien que privé, l'établissement perçoit un soutien de l’État suédois à hauteur de 17 %. Le reste est financé par une centaine d’entreprises partenaires, comme H&M, Swedbank ou Deloitte, qui interviennent aussi lors de conférences et participent à des salons d’emploi pour les étudiants, explique le président.

Longtemps, un diplôme de la SSE ouvrait un boulevard dans la sphère de la finance ou le conseil. Mais au fil des années, les débouchés se sont diversifiés. En 2023, elle s’est hissée au deuxième rang européen des établissements formant le plus de fondateurs de la tech, talonnant Oxford, d’après une étude du fonds d’investissement Antler. "A mesure que les grandes entreprises quittaient le pays, depuis la fin des années 1990, les opportunités pour les étudiants dans les grands groupes se réduisaient. Dans le même temps, s'ouvraient de nouvelles possibilités pour créer sa propre entreprise, se rappelle Lars Bergman, également professeur émérite d’économie à la SSE. Parallèlement, l'émergence du marché des capitaux en Suède a soutenu ces jeunes pousses".

Malgré son climat peu clément, Stockholm offre en effet un cadre propice au foisonnement de start-up. Véritable cluster pour les fonds de capital-risque, la ville compte plus de licornes par habitant que Londres ou Los Angeles, d’après le gouvernement. La culture de l’investissement, qui a infusé dans la population suédoise grâce à une série de réformes dans les années 1990, permet de soutenir un large vivier d’entreprises. Enfin, les filets de sécurité qu’offre le système local facilitent la prise de risque : par exemple, sous réserve d’une ancienneté de six mois consécutifs, les employés peuvent prendre jusqu’à six mois de congé pour fonder leur propre société.

Accélérateur d'idées

D'ailleurs l'esprit d'initiative est bien ancré dans les valeurs de l’école. Côté académique, d’abord. Le cours "création et développement d'entreprise", par exemple, inclut un projet collectif destiné à mettre en pratique les modèles inculqués. A quelques encablures du bâtiment principal, la House of Innovation a donné naissance à huit thèses de doctorat sur l'entrepreneuriat en 2023. Certains alumni retournent à l’école pour y donner un cours ou partager leur expérience, comme l'Australien Benjamin Lau, diplômé en 2017. Major de son master, il a cofondé la start-up de prêt-à-porter en ligne Ninepine avec un ancien camarade de classe, après quelques années chez Facebook. "A la SSE, on ressent vraiment l’appétit pour l'innovation propre à Stockholm, souligne-t-il. Pendant la pause déjeuner, nous discutions d'idées de business et plusieurs de mes camarades, dont moi-même, avaient déjà leur propre entreprise".

Autre lieu d'échange structurant, l’association des étudiants. "On nous encourageait à voir grand. Nous pouvions tirer parti tant de nos succès que de nos erreurs, confie Maria Selting, fondatrice de Phuturist, une société de conseil pour les start-up. Être entouré de condisciples ambitieux et entreprenants était un excellent complément à l'expérience académique". Des rencontres déterminantes aux yeux de Jessica Rosencrantz, ministre suédoise des Affaires européennes : "Cet entourage de futurs entrepreneurs m’a fait comprendre ce que signifiait créer et développer une société, et la résilience nécessaire pour se relever après un revers. Cet enseignement est essentiel dans mes fonctions actuelles, notamment lorsque nous élaborons des politiques qui concernent les entreprises et les marchés de capitaux".

L’école permet aussi à ses étudiants de donner vie à leurs idées grâce au SSE Business Lab. Depuis sa création, en 2001, cet incubateur a soutenu plus de 300 entreprises. "Nous sommes un point de convergence pour les entrepreneurs les plus ambitieux du Nord, fait valoir Isabel Keulen, sa présidente. Environ 60 % des start-up que nous accompagnons sont encore actives — un taux nettement supérieur aux standards du secteur, de l'ordre d'un succès sur dix. A la clé, un effet de concentration vertueux : quand les fondateurs, les talents, le capital et les premiers clients se retrouvent au même endroit, l’exécution et la réussite s’accélèrent". L’an dernier, le SSE Business Lab a annoncé sa promotion la plus fournie jamais enregistrée : 15 start-up, dont plus de la moitié s'appuie sur l'intelligence artificielle (IA). Au-delà des étudiants, ses portes sont ouvertes aux professeurs et aux alumni. Ainsi, Douglas Stark, le fondateur de la start-up de la mobilité Voi est retourné à l'incubateur fin 2024 pour lancer une nouvelle compagnie dans la santé. L’école s’est aussi dotée d’un fonds de capital-risque, SSE Ventures, grâce auquel d'anciens élèves peuvent réinvestir leur capital pour soutenir la génération suivante.

Mais business ne rime pas uniquement avec tableurs Excel. A travers la SSE Art initiative, la direction a voulu cultiver chez ses étudiants une sensibilité artistique. L’établissement, où des œuvres sont exposées sans protection dans les couloirs, a pris des allures de musée. "Les enseignements à la SSE sont souvent, d’une manière ou d’une autre, liés à l’IA, explique Lars Strannegard. Nous souhaitons aussi enseigner l'intelligence humaine à nos étudiants. Des qualités telles que l'empathie ou la conscience du monde, transmises par l'art, sont essentielles aux chefs d'entreprise pour prendre leurs décisions". Une démarche plébiscitée par les étudiants.