Ino Casablanca, rappeur sauce méditerranéenne
"Je suis dans un entre-deux, je ne suis plus un artiste vraiment underground, mais je n'ai pas encore touché le très grand public", confie Ino Casablanca à l'AFP, rencontré vendredi avant un concert à Reims (Marne).
Ce soir-là les jeunes spectateurs se déhanchent, bras en l'air, en reprenant les chansons d'"Extasia", son EP (format court) sorti en octobre.
Composé de dix titres, il a fait décoller la notoriété de l'artiste de 25 ans, touche-à-tout impliqué dans l'écriture, la composition, la production voire le mixage. Sa musique bouillonne: influences maghrébines et orientales s'entrecroisent avec le hip-hop, sur des textes sensibles, parsemés d'argot.
"La musique, c'est un kiff, ça exprime des émotions. Mais dans l'aspect musical, tout est important: les percussions, les mélodies, les harmonies", estime l'artiste au flow parfois presque chuchoté, mais acéré.
"Jeune rebeu, fin, mais grand et vif, bien sur les appuis" - comme il se présente dans "Clubmaster" - Ino Casablanca est né en Espagne de parents marocains.
Premières années au Maroc, enfance en Espagne puis arrivée en France à 12 ans: la famille s'installe vers Toulouse, terre "de Big Flo & Oli, et Claude Nougaro", rembobine le jeune homme, qui reste pudique sur un quotidien parfois modeste, mais toujours irrigué par la musique.
"Ma mère en mettait tout le temps. Et mon père, au-delà d'en mettre, il me faisait écouter, il me recommandait des choses", raconte-t-il, en louant l'initiation de ce dernier, chauffeur poids lourd et "travailleur de fou".
Ino Casablanca n'a que quelques années quand un violon fait irruption dans l'appartement familial: il apprivoise l'instrument, jusqu'au conservatoire.
"Quand j'étais petit, mes parents trouvaient que c'était une bonne manière pour moi de pas trop traîner dehors", sourit ce fan de foot, pour qui le conservatoire devient pourtant vite rasoir.
"S'en sortir"
Il préfère bidouiller ses premières productions et se nourrit, sans s'en rendre compte, de sa culture sans frontière comme "certaines gammes qu'on n'utilise pas forcément en Occident" ou "des notes de passage, qui sont hors gamme et permettent de faire des jolis trucs", illustre-t-il.
"Combiner des choses qui, selon les gens, ne vont pas aller ensemble...dans ma tête, ça reste des BPM (mesure qui définit le tempo, NDLR) et des gammes", tranche Ino.
Dans "Bissap du 20ème", marqué par les percussions et les cuivres - générés par ordinateur -, le rappeur raconte son passé ("J'voulais juste remplir le Caddie") et décoche au passage quelques flèches vers la classe politique ("Ils s’plaignent de la haine qu’ils sèment").
Pourtant, "j'essaie d'éviter de voir la vie comme une revanche, parce que je trouve ça très malsain. Je l'ai ressenti à certains moments, mais c'est le résultat d'une colère. Et la colère, ce n'est pas une émotion qui est constructive ou qui amène à des choses positives", observe le rappeur.
"Je préfère largement montrer que c'est possible de s'en sortir, même si c'est plus difficile de certains endroits que d'autres", affirme-t-il avec humilité.
Signe de son ascension, il doit se produire à guichets fermés à la Cigale à Paris, fin février, avant une tournée des festivals, dont Marsatac à Marseille, Solidays à Paris et Rose Festival à Toulouse.
