Rénovés, reloués, vides... Où sont passés les logements G ?
Selon ses détracteurs, la loi Climat et résilience, qui bloque la location des logements classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE), devait provoquer le retrait de 567.000 logements du marché locatif et ainsi accentuer la crise du logement, en plus de placer les propriétaires dans une situation financière ubuesque.
"L'impact va être étalé", concède Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l'immobilier (Fnaim), qui calcule qu'en moyenne, 15.750 baux arrivent à échéance par mois et assure qu'"aucune relocation ne peut se faire pour un logement classé G, sans travaux de rénovation énergétique".
Dans les faits, réaliser des travaux n'est pas forcément simple: ils coûtent plusieurs milliers d'euros, peuvent réduire l'espace intérieur du logement, nécessiter l'aval de l'assemblée de copropriétaires dans certains cas, voire entraîner des travaux effectués à l'échelle de la copropriété.
"Coincé"
Dans le pays de Gex, à deux pas de Genève, Anthony, 28 ans, se dit "dans une impasse". Dès l'achat en 2024 d'un studio destiné à la location, il avait l'intention de faire des travaux pour passer d'une étiquette énergétique G à une D.
"On a fait 30 demandes de devis, mais on n'arrive à trouver personne qui accepte de faire les travaux", déplore ce directeur commercial.
Compte tenu des revenus très attractifs en Suisse, son "petit chantier n'intéresse aucun artisan" de la région. Et au sein de la copropriété, "la plupart sont des propriétaires occupants, donc ils n'ont pas de souci pour louer et ils ne font pas de travaux".
"On veut faire les choses bien, mais on est coincé", déplore Anthony, qui va remettre son studio en location au départ de sa locataire actuelle fin février, probablement sans difficulté car "le marché est ultra tendu" dans le pays de Gex.
Parmi les logements G dont le bail est arrivé à échéance, "la moitié sont en attente de devis ou de réalisation des travaux, 30% sont récupérés pour faire autre chose - donc vente, location de gré à gré - et 20% sont en attente et vacants, le propriétaire ne sait pas encore quoi faire", estime Danielle Dubrac, présidente du l'Union des professionnels de l'immobilier (Unis), en se basant sur les retours exprimés par les adhérents de la commission gestion locative du syndicat.
Rénovation et triche
"Il y a des efforts de rénovation qui sont faits", conclut Thomas Lefebvre, vice-président chargé des données du groupe SeLoger, prenant pour preuve une division par plus de deux de la part des annonces de logements G mises en ligne sur le site de SeLoger entre janvier 2022 et 2025.
Selon le gouvernement, 191.000 passoires énergétiques ont été rénovées entre 2023 et 2024 au sein du parc locatif privé.
"Même si forcément il y a des gens qui trichent", ajoute Thomas Lefebvre. Les annonces sans DPE renseigné ont étrangement augmenté depuis l'été dernier.
M. Cantin commence à observer "un glissement des propriétaires, qui passent outre les conseils des professionnels, et décident de louer quand même, eux-mêmes, sans intermédiaire", et ce surtout en zone tendue où "on trouvera toujours des locataires".
Tricher n'est pas du tout la volonté de Soumya, 37 ans, qui essaie depuis décembre de louer un logement situé à Bourges et classé G.
Mal informée sur la réglementation, elle avoue "ne pas avoir prêté attention" à la classe énergétique au moment de l'achat du bien.
Soumya raconte à l'AFP avoir "investi 15.000 euros de travaux pour tout refaire à neuf : peintures, sols...", mais rien pour l'isolation ni le chauffage.
Désormais dans l'incapacité de remettre au pot, sans idée pour sortir de cette situation et avec d'importantes charges de copropriété à payer, elle conserve son annonce et espère amortir les frais engagés.
"Mon intention, c'était d'investir pour moi pour la suite et de fournir un logement à des étudiants", assure-t-elle. "Si d'ici septembre il n'est pas loué, peut-être que je vendrai."