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Affaire Epstein en Afrique : du Maroc au Sénégal, en passant par la Côte d’Ivoire et le Rwanda

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L’ombre de Jeffrey Epstein s’est étendue bien au-delà des États-Unis et de l’Europe. Les millions de pages issues des dossiers judiciaires américains dévoilés fin janvier montrent que le financier a également développé un réseau d’influence en Afrique, s’appuyant sur des figures politiques, économiques et mondaines pour faciliter ses déplacements et ses affaires. Du Sénégal au Maroc, en passant par la Côte d’Ivoire ou le Gabon, les documents décrivent un système reposant sur les mêmes méthodes que celles utilisées ailleurs : accès aux élites, promesses d’investissements et réseaux d’intermédiaires.

Karim Wade, porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest

Dans les années 2010, l’un des contacts clés d’Epstein sur le continent aurait été Karim Wade, fils de l’ancien président Abdoulaye Wade et figure politique majeure à l’époque. Surnommé « le ministre de la terre et du ciel » pour l’ampleur de ses prérogatives gouvernementales, son nom apparaît à de nombreuses reprises dans les correspondances internes du réseau.

Après leur rencontre en 2010, Epstein le présente dans un courriel adressé à Jes Staley, ancien dirigeant de Barclays, comme « l’un des plus importants acteurs en Afrique ». Les documents indiquent que Karim Wade aurait servi d’intermédiaire pour organiser des déplacements et faciliter des rencontres de haut niveau.

En mai 2011, il participe à l’organisation d’une tournée régionale incluant le Sénégal, le Mali et le Gabon, avec la mise en place d’un itinéraire détaillé, des autorisations d’atterrissage et des rendez-vous politiques. L’objectif affiché : permettre à Epstein d’explorer des projets d’infrastructures et d’investissements.

En 2015, alors que Karim Wade est incarcéré à Dakar, ses proches sollicitent le criminel américain pour financer les services d’un cabinet de lobbying à Washington. Epstein facilite alors la mise en relation avec le cabinet Nelson Mullins. Quelques mois plus tard, en 2016, il évoque dans un échange avoir participé à une opération de lobbying en faveur d’une grâce présidentielle, accordée la même année par le président Macky Sall.

Le rôle trouble d’intermédiaires en Côte d’Ivoire

Les documents mentionnent également Nina Keita, mannequin et ancienne conseillère ministérielle, présentée comme proche du cercle du pouvoir en Côte d’Ivoire. Nièce du président Alassane Ouattara, elle apparaît dans des échanges de courriels avec Epstein entre 2011 et 2018.

Selon ces correspondances, elle aurait facilité des présentations avec des personnalités politiques et joué un rôle d’intermédiaire dans certains projets, notamment liés à l’achat d’équipements de sécurité et d’un avion présidentiel.

Partout où il se rend, Epstein cherche à monter des opérations financières. Au Zimbabwe, il tente d’exploiter la crise monétaire pour proposer un nouveau système financier. En Libye, à la veille de la chute de Mouammar Kadhafi, il s’intéresse aux avoirs libyens gelés à l’étranger, espérant participer à leur restitution contre commission. Aucun de ces projets n’aboutira.

Une façade philanthropique et politique

Comme ailleurs, le financier se présente souvent comme un philanthrope. Au Rwanda, il aurait cherché à entrer en contact avec le président Paul Kagame en proposant de financer les études de jeunes étudiants. Quelques années plus tôt, il avait mis son jet privé à disposition lors d’une tournée africaine menée par l’ancien président américain Bill Clinton dans le cadre de programmes de lutte contre le sida.

Selon un rapport du FBI, des comportements inappropriés auraient été signalés à bord de l’appareil lors de ces déplacements, sans qu’aucune implication de Bill Clinton ne soit établie dans les activités criminelles du financier.

Le Maroc, refuge potentiel

Le réseau d’Epstein s’étend également jusqu’au Maroc, où il cherche à acquérir une propriété à partir de 2015, notamment à Marrakech. Dans des échanges internes, il évoque ce pays comme une destination de repli possible alors qu’il se sait sous pression judiciaire aux États-Unis.

Il tente notamment d’acheter un riad avec l’aide de Jack Lang, ancien ministre français et président de l’Institut du monde arabe, qui lui signale une propriété disponible. La transaction n’aboutira finalement pas.

Au fil des années, Jeffrey Epstein a tenté de s’implanter sur le continent africain en multipliant les contacts politiques, économiques et mondains. Les documents judiciaires dressent le portrait d’un système d’influence transnational, où les projets d’affaires, les relations personnelles et la recherche de respectabilité se mêlaient étroitement.