Sophie Binet : le statu quo syndical au détriment des jeunes
Lors d’une réunion organisée à son siège le 28 janvier, le MEDEF a présenté plusieurs propositions pour faciliter l’emploi des jeunes : création d’un CDI avec une période d’essai jusqu’à trois ans, réduction des délais de carence entre deux CDD, salaire à 80 % du SMIC pour les primo-entrants sur le marché du travail… Cela a suffi pour provoquer l’ire des syndicats et de certains partis, qui accusent le MEDEF de vouloir « précariser », « exploiter » les jeunes, voire de leur lancer une « déclaration de guerre ». Pour Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, le MEDEF reprend « les vieilles lunes d’il y a vingt ou trente ans », en référence au contrat première embauche (CPE), abandonné en 2006.
« On ne lutte pas contre la précarité par une autre précarité », affirme-t-elle doctement. À un détail près : ce que la CGT appelle « précarité » n’est qu’une réduction du risque juridique et financier pesant sur l’employeur. L’embauche est toujours un pari sur l’avenir. Plus ce pari est coûteux, moins il est tenté. La rigidité du droit du travail explique bien davantage le chômage des jeunes que l’avidité supposée du patronat.
Les faits sont connus. Le Code du travail n’a cessé de s’épaissir – le nombre d’articles a augmenté d’environ 124 % entre 2004 et 2025. À cette inflation normative s’ajoute le coût du travail, parmi les plus élevés d’Europe. Pour le même salaire net, un salarié français paye 30 % de cotisations sociales de plus qu’un salarié allemand. Quant au coût du licenciement, il est deux fois plus élevé en France qu’au Royaume-Uni en moyenne, et cinq fois plus qu’aux États-Unis, selon une étude réalisée pour le Fonds pour l’étude économique de l’innovation de rupture (FESDI). C’est pourquoi l’aversion au risque des employeurs n’a rien d’idéologique : elle relève d’un simple calcul économique.
Les propositions du MEDEF peuvent être critiquées pour leur manque d’ambition : elles se résument à des ajustements paramétriques et ne s’attaquent pas aux causes structurelles du chômage des jeunes (à commencer par le SMIC). Mais la réaction de Sophie Binet illustre surtout l’incapacité des syndicats à admettre cette réalité : une protection maximale des salariés en poste se fait au détriment de ceux qui cherchent à entrer sur le marché du travail. Les syndicats disent vouloir agir contre la « précarité », mais en pratique, ils ne font surtout qu’organiser le chômage des jeunes.
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