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Boualem Sansal élu à l’unanimité à l’Académie française: vraiment trop aimable!

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Âgé de 81 ans, l’écrivain franco-algérien, gracié en novembre 2025 par les autorités algériennes après avoir passé un an en détention, a été élu au fauteuil numéro trois de l’Académie française, quai de Conti, à l’issue d’une campagne éclair. « Évidemment, je suis heureux, flatté, honoré : c’est immense. Devenir académicien, c’est entrer dans l’histoire de France », a-t-il déclaré sur les ondes du service public.


Boualem Sansal n’est pas un écrivain de salon. Il n’a pas l’odeur rassurante des consensus tièdes ni la langue molle des accommodements confortables. Il écrit comme on désobéit, il parle comme on rompt un silence complice. Il a regardé l’Algérie, son pays d’origine, sans fard, sans mythologie, sans cet attendrissement menteur que l’Occident confond souvent avec la générosité. À l’instar d’une obséquieuse Ségolène Royal en road-show à Alger, une certaine France préfère flatter les régimes autoritaires plutôt que d’affronter la vérité de leurs faillites. Chez Sansal, la littérature est un sport à risque, pas une activité de confort. Ce risque, il l’a payé comptant : menaces, isolement, exclusion, prison.

On l’a souvent qualifié d’excessif. Mot commode, recyclé à l’infini, utilisé quand on préfère la paix des lâches à la vérité des vivants. On l’a dit dérangeant, reproche rituel adressé à ceux qui refusent de dormir debout. Sansal n’a jamais demandé pardon de voir ce qu’il voit et de dire ce qu’il voit. Il n’a jamais accepté de réécrire le réel pour le rendre fréquentable dans les salons parisiens ni présentable dans les chancelleries occidentales. Il écrit contre l’amnésie organisée, contre la complaisance diplomatique, contre cette industrie de l’excuse qui sert d’alibi moral à l’impuissance politique.

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Car ce que Sansal met à nu, ce n’est pas seulement un régime, mais une imposture, celle d’un pouvoir qui gouverne par la mémoire trafiquée faute de gouverner par les faits, et celle d’un Occident qui, par culpabilité post-coloniale, abdique toute exigence critique. Là où certains multiplient les courbettes, les hommages creux et les génuflexions médiatiques (jusqu’à célébrer les bourreaux au nom du dialogue), Sansal choisit la solitude de celui qui parle vrai. Il rappelle que l’indulgence à l’égard des tyrannies n’est jamais de la générosité, mais de la lâcheté.

Son œuvre dérange parce qu’elle refuse la hiérarchie des victimes, parce qu’elle ne sacralise pas les récits officiels, parce qu’elle rappelle que la liberté n’est pas un supplément d’âme mais une ligne de fracture. Sansal écrit depuis un lieu que beaucoup ont déserté, celui de la responsabilité intellectuelle. Il ne demande pas l’indulgence, il exige la lucidité.

Que la France reconnaisse aujourd’hui Boualem Sansal, que sa voix trouve ici un écho, a valeur de symbole. C’est une revanche discrète mais décisive, celle d’un pays qui, l’espace d’un instant, cesse de s’excuser d’exister et se souvient que la littérature n’est pas faite pour caresser les puissants, mais pour les mettre en cause. 

Sansal n’est pas un écrivain aimable. Il est mieux que cela, un écrivain nécessaire.

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