Le vrai faux CPE ou comment le Medef s’est pris les pieds dans le tapis
Mais quelle mouche a donc piqué le Medef ? Le mouvement patronal ne s’est-il pas remis des renoncements budgétaires d’un gouvernement trop addict aux taxes sur les grandes entreprises ? Quelle drôle d’idée, en tout cas, d’avoir voulu ressusciter le spectre du CPE – contrat première embauche dans une France au climat déjà insurrectionnel, en brandissant cette proposition d’un contrat à durée indéterminée dégradé pour les jeunes !
Le ballon d’essai ressemblait si fort à un chiffon rouge que, ni une ni deux, Matignon a botté en touche. Dommage, car si le projet était pour le moins extrêmement maladroit, risquant de cliver les générations, il visait juste, en remettant au cœur du débat le travail des jeunes. Or après des mois de ratiocinage sur l’âge de la retraite, il redevient urgent de s’attaquer à cet autre angle mort de l’économie française : la trop difficile entrée sur le marché du travail.
L’exécutif a beau se féliciter de la chute du chômage (deux points de moins depuis 2017), non seulement celui-ci reste en moyenne plus élevé que dans le restant de l’Europe, mais surtout la France continue de se distinguer par son faible taux d’emploi des jeunes. Avec pour conséquence un chômage chez les moins de 25 ans qui frôle 19%, trois fois plus qu’en Allemagne. Nos voisins disposeraient-ils d’une recette magique ? On pense à l’apprentissage, un dispositif largement répandu dans les Länder allemands, et qui a également commencé à essaimer ces dernières années dans l’Hexagone (1 million de contrats en 2024) - même si dans le budget 2026, la mesure est victime d’un coup de rabot.
Transformer les Neet en actifs
Mais si l’apprentissage facilite l’insertion professionnelle, elle n’explique pas tout. En réalité, en Allemagne, comme d’ailleurs au Royaume-Uni, on combine plus facilement emploi et études. A l’inverse, la France, elle, se caractérise par une plus forte proportion de jeunes ni en emploi, ni en études : une catégorie, surnommée les Neet, qui représente 1,4 million des 15-29 ans. Comment faire pour transformer ces fameux Neet en actifs ? En facilitant tous les dispositifs d’insertion dans le monde du travail : coaching, orientation, remise à niveau… "Les Allemands ont beaucoup investi dans ces dispositifs : à notre tour de mettre le paquet", récapitule l’économiste Bertrand Martinot, auteur avec Franck Morel de l’essai Le travail est la solution (éditions Hermann).
C’est aussi ce que dit le Medef dans son mémo, avec des propositions intéressantes. Dommage d’avoir gâché cette opportunité en y glissant l’idée d’un CDI dégradé. "C’est d’autant plus maladroit que les jeunes cumulent aujourd’hui toutes les précarités sur le marché du travail, résume Astrid Panosyan-Bouvet, députée et ancienne ministre du travail. Leur problème, c’est d’abord un sujet de parcours et d’offre de formation en adéquation avec les besoins du marché du travail". En clair, faire rencontrer l’école et l’entreprise. Un couple dans lequel les deux membres se sont trop longtemps ignorés.
