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Январь
2026

Ecoles de commerce : "Tous les étudiants ne rêvent pas de travailler dans la finance !"

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Depuis plus de trente ans, les classements des écoles de commerce rythment la vie de l’enseignement supérieur français. Parents, lycéens, étudiants, écoles et recruteurs s’y réfèrent massivement. Pourtant une question finit par s’imposer : que mesurent-ils vraiment ? Avec ce cahier spécial, L’Express Éducation et NextEdu proposent, en partenariat avec Opinion Way, une approche inédite, partant d’une interrogation simple : quelle est la réputation des grandes écoles de commerce auprès de celles et ceux qui ont, in fine, le pouvoir de recruter leurs diplômés ? Au-delà du palmarès 2026, ces articles invitent à prendre du recul. Ils donnent la parole aux dirigeants, qui racontent comment ils utilisent - ou non - ces outils, et aux étudiants, dont ces tableaux orientent en partie l’avenir.

>> Notre classement 2026 des grandes écoles de commerce

L’Express : Comment les membres de la Conférence des grandes écoles perçoivent-ils les classements de leurs écoles publiés chaque année ?

Delphine Manceau : Au sein de la CGE, il nous arrive régulièrement de débattre de leur intérêt, d’autant qu’ils sont très nombreux et nous demandent beaucoup de temps. Personnellement, j’en ai une approche nuancée, car tout le monde les consulte à leur sortie : les étudiants, les parents, mais aussi les écoles ! Ainsi, chez Neoma, quand un établissement international nous contacte en vue d’établir un partenariat, nous allons regarder ses accréditations internationales - AACSB, EQUIS, AMBA -, mais aussi sa place dans le classement établi par le Financial Times. Ce ne sera toutefois qu’un élément d’information parmi d’autres.

Il arrive même qu’ils jouent un rôle positif. Ainsi, quand ce même Financial Times a décidé de prendre en compte la répartition par sexe des enseignants et des étudiants, il est enfin devenu important de recruter plus de femmes professeurs.

Quels indicateurs aimeriez-vous voir davantage pris en compte ?

Je regrette que le critère de la pédagogie ne soit pas plus exploité. Certains palmarès publient le taux d’encadrement, mais cela ne suffit pas. Il faudrait aussi savoir si les cours sont majoritairement donnés en amphi ou en petites classes, connaître le détail des enseignements, observer les méthodes pédagogiques, etc.

À l’inverse, certaines données comme le salaire à l’embauche sont trop fortement mises en avant. Une école qui forme beaucoup d’entrepreneurs ou dont beaucoup de diplômés vont travailler dans l’associatif sera pénalisée par rapport à celles dont la majorité des étudiants choisissent la finance ou l’audit. La première n’est pas forcément moins bonne que la seconde pour autant ! Bien sûr, cette nuance est souvent expliquée dans les articles qui accompagnent les tableaux des résultats, mais est-on certain que les familles les lisent ?

Ces classements ont également un effet pervers : ils conduisent les écoles vers une forme d’uniformisation, notamment pour tout ce qui concerne leurs stratégies. Viser des objectifs différenciants - par exemple en se focalisant sur certains métiers -, peut les amener à reculer dans la hiérarchie. C’est tout à fait dissuasif…

Y a-t-il un bon usage des classements à recommander aux étudiants et à leurs familles ?

La première chose à faire, c’est de regarder si un établissement est classé ou non, car cela constitue un véritable indicateur de qualité. En France, il y a d’un côté les écoles membres de la CGE, qui proposent des diplômes ayant le grade de master et qui, pour la plupart, possèdent une ou plusieurs accréditations internationales. De l’autre, celles qui ne distribuent que des certificats professionnels, des titres RNCP ou des diplômes d’établissements. Entre les deux, il existe en effet de vraies différences que les familles ne perçoivent pas toujours. Mais, pour ne pas se tromper, il faut surtout participer aux portes ouvertes, se renseigner sur les spécificités de chacune, demander à rencontrer des élèves et des enseignants.

De même, les parents doivent avoir conscience que certains classements véhiculent un certain modèle de grande école. Par exemple, le Financial Times valorise la "business school" qui permet des carrières rapides à l’international avec de très hautes rémunérations, puisque le principal critère est le salaire à 3 ans. Or tous les étudiants ne rêvent pas de travailler dans la finance à Londres ou à Singapour ! C’est à chacun de trouver l’établissement qui correspond le mieux à son projet, lequel ne sera pas forcément le mieux classé.