ru24.pro
World News
Январь
2026
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30
31

Emplois, salaires : cette étude qui tord les idées reçues sur l'immigration

0

C'est un ouvrage qui risque de relancer le sempiternel débat de l'impact de l'immigration dans la société française. Ce mardi 28 janvier, le Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii) a publié un livre sous la houlette de deux économistes, Anthony Edo et Hillel Rapoport, démontrant notamment que "l'immigration n'est pas un élément déstabilisateur du marché du travail", ses effets sur les salaires et l'emploi des natifs étant "globalement neutres", affirment les auteurs.

Basée sur une centaine de travaux universitaires sur un sujet ô combien inflammable, la synthèse des deux chercheurs aboutit à des conclusions à contre-courant de certaines idées reçues, et ce alors que le ministère de l'Intérieur dévoilait ce même jour les statistiques de l'immigration en 2025, actant une hausse de 11,2 % de la délivrance des titres de séjour l’an dernier par rapport à 2024, principalement pour les étudiants et pour raisons humanitaires ou familiales.

Une augmentation de la population active

Selon les auteurs, si l’immigration entraîne bien une hausse de la population, elle est en revanche sans effet sur la rémunération des travailleurs nationaux. D'abord, parce que le marché du travail n'est pas un marché concurrentiel de pure offre et demande, et qu'il est soumis à de nombreuses réglementations, notamment sur les salaires, permettant d'éviter des rémunérations arbitraires. Les travailleurs, eux, ne sont pas non plus interchangeables, car la maîtrise de la langue française peut toujours constituer un avantage pour le salarié.

En outre, les immigrés consomment, entreprennent et innovent, surtout quand il s'agit d'une immigration qualifiée. Leur présence contribue donc à augmenter la taille de l'économie qui n'est pas fixe dans le temps et qui est proportionnelle à la population active. "Dans beaucoup de pays, la part des immigrés qui entreprennent est au moins égale à celle des natifs", assure Anthony Edo, cité par Les Echos.

Un impact sur les moins diplômés

Ce constat doit néanmoins être nuancé, poursuivent les auteurs. Car cet effet neutre en moyenne masque des disparités, l'immigration pouvant détériorer la situation des natifs qui ont les mêmes qualifications que les immigrés, souvent les moins diplômés, ou au contraire améliorer celles des natifs qui ont des caractéristiques complémentaires à celles des nouveaux venus. En témoigne l'exemple des Etats-Unis dans les années 1990, qui montre que l'immigration, alors faiblement qualifiée, a joué négativement pour les Américains de même niveau, positivement pour les autres. "Ce qu'on a observé après avoir recensé des dizaines d'études, c'est que les natifs les moins qualifiés sont tout de même les plus vulnérables", explique Hillel Rapoport. Un constat évidemment valable pour les ouvriers français peu qualifiés. "Ces effets redistributifs ne doivent pas être négligés car ils peuvent être très importants politiquement", avertit-il.

Autre point de vigilance : les effets sur le marché du travail de flux d'immigration modestes et prévisibles sont très différents de ceux d'arrivées massives, comme celles des Syriens en Turquie après 2011. Les chercheurs se réfèrent par exemple à une étude américaine de 1992 sur les rapatriés d'Algérie dans les années 1960 en France (environ 1 million entre 1962 et 1968), qui démontrait que les effets sur le salaire et l'emploi des natifs ont été négatifs (hausse du taux de chômage de 0,3 point de pourcentage et baisse des salaires de 1,3 %), bien qu'ils se soient estompés au bout de quelques années.

De tout cela, les auteurs mettent en garde : l'immigration doit être pensée comme un levier de stratégie de croissance, et non être analysée sous le seul prisme démographique. "Sinon il y aura un coût comme le montrera ce qui se passe aux Etats-Unis", anticipe Anthony Edo, en référence à la politique d'expulsion massive de l'administration Trump. Une étude a en effet démontré les effets plutôt négatifs sur l'économie américaine du renvoi de plus 400 000 travailleurs en situation régulière, entre 2008 et 2012.