L’Allemagne restitue deux fragments de la tapisserie de Bayeux prélevés en 1941
Ces deux fragments de toile de lin, d'un à deux centimètres de long, non brodés, avaient été découverts par hasard en 2023 dans les archives personnelles de Karl Schlabow, spécialiste des textiles anciens et directeur de musée allemand, décédé en 1984, a indiqué le musée.
À l'été 1941, M. Schlabow avait été missionné par le régime nazi durant l'Occupation, pour une étude approfondie des matériaux de la tapisserie de Bayeux, jamais publiée, selon la même source.
Le chercheur faisait partie de l'Ahnenerbe, un institut oeuvrant à la recherche d’un "héritage ancestral" de la "race aryenne".
Les deux fragments, "vraisemblablement" prélevés par M. Schlabow, permettent selon le musée d’améliorer "la connaissance historique et scientifique de cet objet unique au monde".
La tapisserie de Bayeux est un "récit brodé" sur toile de lin du XIe siècle de 70 mètres de long qui raconte la conquête de l’Angleterre en l’an 1066 par Guillaume, duc de Normandie, futur "Guillaume le Conquérant".
Les fragments prélevés en 1941 ont été restitués mercredi par Rainer Hering, directeur des Archives du Schleswig-Holstein, qui a salué "l'importance historique du travail de l'archéologue textile qu'était Karl Schlabow".
"C'est au cours de l'inventaire de ce fonds en 2023 qu'on a découvert une plaque de verre qui enfermait des morceaux de tissu", a-t-il expliqué, "avec d'autres documents et grâce à l'étiquetage de la plaque, il a été possible d'identifier ces fragments" comme provenant de la tapisserie de Bayeux.
"Pour notre service d'archives du Land il était évident que ces morceaux de tissu prélevés par les nazis il y a 85 ans devaient être restitués à la France", a conclu M. Hering.
Avant leur retour en France, ils avaient été exposés en 2025 dans le cadre de l’exposition "1066 – La chute des Vikings" au musée du Schleswig-Holstein.
Un autre fragment de la tapisserie, brodé celui-là, avait déjà été restitué en 1872 par le South Kensington Museum (aujourd’hui Victoria and Albert Museum) de Londres, après avoir été prélevé en 1816 par un artiste britannique du nom de Charles Stothard, envoyé sur place pour réaliser une reproduction de l'oeuvre.
