ru24.pro
World News
Январь
2026
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31

2027 : pourquoi le prochain président sera impopulaire, par Nicolas Bouzou

0

Tenir jusqu’à la présidentielle : voilà le mot d’ordre repris sans discontinuer par les oppositions, encouragées en cela par certains médias qui ne se plaisent jamais autant que dans le climat de dramaturgie des campagnes électorales. Puisqu’il est tendance d’affirmer que ces huit dernières années ont été les pires que la France ait connues depuis la défaite d’Azincourt (et encore…), il n’y aurait rien d’autre à faire que d’attendre mai 2027 pour que la crise politique disparaisse et que l’économie, purgée du macronisme, redémarre.

J’écris cette chronique de l’Eurostar, de retour de Londres. L’ambiance politique britannique est très intéressante. Le Brexit a été voté il y a près de 10 ans. Les Brexiteurs avaient présenté la sortie de l’Union européenne comme l'acte fondateur d'une indépendance retrouvée, d'une immigration maîtrisée, d'une croissance relancée, d'un système de santé réparé. Comme les oppositions françaises présentent aujourd’hui le départ de Macron.

Bouc émissaire

Or, que constatent désormais nos voisins ? Que sur chacun de ces points, leur pays fait moins bien qu’avant le Brexit. Pire : le Royaume-Uni est à peine moins méprisé par l’administration Trump que l’Union européenne, pourtant honnie par le camp Maga. A tel point que, après avoir réactivé Erasmus, le gouvernement britannique implore l’UE de laisser l’île revenir dans le marché unique. Welcome back ! Et oui, la stratégie du bouc émissaire fonctionne dans les urnes, pas dans les faits.

Les Français regretteront-ils Emmanuel Macron comme les Britanniques le Brexit ? Non. Mais son successeur, quel qu’il soit, sera aussi impopulaire que l’actuel président ne l’est devenu, et sans doute plus rapidement, pour au moins trois raisons.

La première, c’est que la nécessité de réduire les déficits publics ne s’éteindra pas avec la prochaine élection présidentielle. Il faudra encore trouver 30 à 40 milliards d’euros pendant trois ou quatre années consécutives. Tous les partis nous expliquent qu’ils savent le faire mais quand il s’agit de passer aux actes, les parlementaires de gauche aggravent la situation et le RN vote des taxes sur l’épargne avec cette même gauche. Quant à la droite LR, elle ne propose pas grand-chose d’autre que des coupes dans les dépenses. C’est mieux que de vouloir augmenter les impôts mais cela laisse de côté les grands sujets structurels comme l’organisation de l’Etat et de la Sécurité sociale. La réduction des déficits est coûteuse politiquement. Si ce n’était pas le cas, le problème aurait été traité depuis longtemps.

Chocs exogènes

La deuxième raison réside dans l’immense choc technologique qui secoue nos économies. La conjonction de l’intelligence artificielle et de la robotique a déclenché un mouvement de destruction créatrice d’une violence et d’une rapidité inouïes. Dans nombre de métiers, les jeunes sont progressivement remplacés par la technologie au bénéfice de seniors pétris d’expérience. L’insertion dans l’entreprise en début de carrière sera le sujet social numéro 1 de ces prochaines années. Faute de le comprendre, le prochain président s’expose à des mécontentements et des frustrations inimaginables.

La dernière raison qui sous-tendra l’impopularité du futur chef de l'Etat, c’est que l’économie de notre pays est soumise à des chocs exogènes, comme le protectionnisme américain, à laquelle elle aura du mal à s’adapter en raison de rigidités réglementaires et normatives accumulées ces dernières décennies et dont quasiment personne ne parle. Le délire normatif des parlementaires européens et français exigerait, pour redonner de l’adaptabilité à notre économie, une politique d’une intensité similaire à ce que fit Napoléon en 1804, quand il créa le Code civil.

Impopularité rampante ou brutale

Deux scénarios sont donc possibles pour 2027. Le gagnant de l’élection aura fait campagne sur la rupture avec le macronisme mais ne s’attaquera pas efficacement à nos problèmes de finances publiques, ne mettra pas fin à l’incontinence normative et ne saisira pas les enjeux de la destruction créatrice. Ou bien il embrassera tous ces dossiers, avec lucidité et courage. La première hypothèse, probable, est celle de l’enlisement économique et de l’impopularité rampante. La seconde, souhaitable, est celle de l’action intelligente et de l’impopularité brutale face à laquelle il faudra tenir.

Dans les deux cas, je conseille aux candidats à l’Elysée, et en particulier à ceux qui ont une chance de l’emporter, de ne pas en faire trop sur le passage "de l’ombre à la lumière" le soir de la victoire.