Emploi privé en recul : la France à la croisée des chemins
Pour la première fois depuis la crise Covid, la France enregistre un quatrième trimestre consécutif de recul de l’emploi salarié privé sur un an, selon un rapport publié le 6 novembre par l’Insee. Cela signifie que, pour chacun des quatre derniers trimestres, le nombre d’emplois dans le secteur privé a été inférieur à celui du même trimestre de l’année dernière. Entre juin et septembre 2025, l’emploi privé a diminué de 0,3 %, soit 60 600 postes perdus. Sur un an, la baisse atteint 0,5 %, soit 112 100 emplois perdus.
Les coûts élevés et la complexité réglementaire propres à la France rendent peu probable une amélioration rapide de l’emploi privé. Le coût horaire moyen a atteint 43,7 euros en 2024, avec 32,2 % de charges non salariales (cotisations sociales des employeurs, impôts sur les salaires payés par l’employeur, etc.), un record européen, et comme l’a déjà indiqué Contrepoints, le Code du travail compte désormais 11 487 articles et plus de 1,15 million de mots, soit une augmentation d’environ 124 % en 21 ans. Cette inflation normative et ces coûts élevés étouffent les entreprises (et donc impactent l’emploi), alors que des pays comme l’Allemagne ou la Suisse ont un droit du travail bien plus simple à appliquer.
La réduction du nombre de contrats en alternance (apprentissage et professionnalisation) explique une majeure partie de la baisse des emplois, fragilisant l’emploi des jeunes. L’intérim, souvent précurseur des retournements de cycle, diminue de 0,2 % sur le trimestre et de 2,6 % par rapport au 3ème trimestre de l’année dernière, soit 18 600 postes de moins, et reste 8,6 % sous son niveau d’avant-crise sanitaire. Dans la construction, la dégradation se poursuit sans relâche, avec onze trimestres consécutifs de baisse, encore -0,3 % au troisièmetrimestre (-4 600 emplois) et -1,6 % sur un an (-25 300). L’industrie reste quasi stable (-0,1 %, soit -3 200 emplois), mais s’érode doucement (-0,4 % sur un an). Le tertiaire marchand hors intérim, pilier de l’emploi privé, subit -0,3 % sur le trimestre (-36 600 emplois), soit sa plus forte baisse depuis 2013, hors période Covid.
Après presque quatre années de progression logique (car nous sortions d’une crise sanitaire), le pays semble avoir atteint un point d’inflexion sur le front de l’emploi. Pour éviter une stagnation ou une dégradation plus marquée, il est plus que jamais urgent de libérer le marché du travail, que ce soit pour la génération actuelle ou pour celle de demain.
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