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Октябрь
2025

Productivité : causes et conséquences d’un mal européen

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A l’occasion d’une conférence à Francfort le 20 octobre 2025, Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a dressé un constat implacable sur la productivité européenne. Le Vieux Continent stagne et voit les autres grandes puissances, telles les États-Unis et la Chine, s’envoler. La Banque centrale européenne rappelle une fois de plus que l’Europe, entravée par son retard numérique, le coût élevé de son énergie et l’absence d’une stratégie industrielle cohérente, se condamne elle-même à un déficit de productivité.

En 2025, les données de productivité par heure travaillée (base année 1995 = 100) montrent un net décrochage de l’Europe par rapport aux États-Unis. La productivité américaine atteint environ 185, soit une progression de 85 % en 30 ans. Pendant la même période, l’Allemagne progresse de 35 % pour atteindre 135, la France de 30 % à 130, l’Espagne de 20 % à 120 et l’Italie de 10 % à 110.

  1. Le retard numérique : l’Europe est en train de manquer le train du XXIᵉ siècle

Ce différentiel traduit un ralentissement structurel de la productivité sur le continent européen, directement sensible dans l’investissement technologique. On voit que là, le fossé entre les deux rives de l’Atlantique s’est considérablement creusé. En prenant toujours 1995 comme référence (100), le stock réel de capital lié aux technologies de l’information aux États-Unis atteint environ 900 en 2025, soit une progression de 800 % en trente ans. Il est en Espagne de 450 (+350 %), en France de 320 (+220 %), en Allemagne de 300 (+200 %) et en Italie de 200 (+100 %)…

Cet écart met en lumière une fracture technologique profonde. Les États-Unis ont fait du capital numérique le levier central de la productivité, tandis que les économies européennes peinent à intégrer les technologies de pointe, car elles investissent peu. Comme le rappelle le rapport Draghi, 80 % des produits et services numériques utilisés en Europe sont fournis par des acteurs étrangers, ce qui explique largement la progression beaucoup plus lente de sa productivité, dans ce domaine si important pour les années à venir.

  1. L’énergie chère et la productivité bridée : la zone euro en danger

En 2025, les prix fluctuants de l’énergie exercent une énorme pression supplémentaire sur la productivité des économies européennes. En 2018, l’énergie dans la zone euro n’était même pas deux fois plus chère qu’aux États-Unis. En 2022, elle a atteint un pic historique (cinq fois plus chère), pour se stabiliser ensuite, mais elle reste en 2025 trois fois plus chère.  Ces coûts élevés pèsent lourdement sur l’ensemble de l’économie, réduisant la marge de manœuvre des entreprises.

La compétitivité commerciale de la zone euro s’en ressent évidemment. Si l’on prend l’année 2010 comme base 100, la part de marché mondiale des exportations hors énergie se situe en 2024 autour de 70, marquant une perte relative. Celle des États-Unis, elle, affiche 95, consolidant leur rôle malgré une légère perte. La Chine dépasse largement tous ses concurrents avec un indice de 150, confirmant sa capacité à capter une part croissante du commerce mondial.

Le problème ne se limite cependant pas aux prix ou aux marchés. La productivité européenne (et donc celle de la zone euro) est également freinée par de lourdes contraintes d’un autre ordre. Elle ne dépend pas seulement des heures travaillées ou de l’automatisation, mais aussi de la liberté économique. L’IREF a déjà publié une étude sur les normes, où l’on apprend qu’entre 2019 et 2024, l’UE a adopté plus de 13 942 textes législatifs et que les coûts moyens du commerce intra-UE pour les biens sont estimés à environ 44 % (hors agriculture) et 110 % pour les services. Cette pesanteur bureaucratique n’est pas étrangère à la piètre performance des pays de la zone euro dans le classement de la Banque mondiale qui évalue la facilité de faire des affaires : on n’en trouve aucun dans le top 10, ce qui met en difficulté la monnaie phare européenne. D’autres pays de l’UE, comme le Danemark ou la Suède, sont en revanche bien classés.

  1. De la fragmentation à la puissance : libérer les entreprises européennes

Au sein de l’UE, 30 % des emplois se trouvent dans des entreprises de moins de 9 salariés, 20 % dans des entreprises de 10 à 49 salariés et 50 % dans des entreprises de 50 à 250 salariés ou plus. Cette structure limite le potentiel d’investissement dans l’innovation par rapport à des pays comme les États-Unis, où la part des emplois dans de grandes entreprises atteint 60 %. Des études montrent qu’un tissu d’entreprises plus grandes pourrait générer des gains de productivité : en Italie, par exemple, la productivité manufacturière pourrait augmenter d’environ 15 % si les entreprises devenaient aussi grandes que celles des pays les plus performants. L’amélioration de l’efficacité interne des entreprises italiennes ne représenterait qu’un gain supplémentaire limité, d’environ 2 %, ce qui montre qu’elles sont déjà relativement performantes dans leur fonctionnement.

En Europe, pourtant, le passage à l’échelle reste difficile. Dans une enquête sur plus de 17 000 entreprises, les PME axées sur la croissance citent la pénurie de main-d’œuvre, les prix élevés de l’énergie et les charges réglementaires comme principaux obstacles. Les difficultés à se développer au-delà des frontières persistent également. 33 % des interrogés pointent des environnements commerciaux divergents, 30 % des règles peu claires et 29 % des questions fiscales comme freins à l’expansion.

Bien que nos petites entreprises constituent le socle de l’économie européenne, celles qui souhaitent se développer se heurtent à des obstacles qui limitent leur croissance et, par conséquent, la productivité du continent.

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