Municipales à Paris : Renaissance lâche Rachida Dati et se divise
Renaissance ne soutiendra pas Rachida Dati à Paris. Le parti a entériné à grand fracas, mardi 28 octobre, son soutien à Pierre-Yves Bournazel, du parti Horizons d’Édouard Philippe, pour les élections municipales dans la capitale. Le choix déchire le groupe macroniste, dont une partie œuvrait pour un soutien à Rachida Dati.
Lors de la commission d’investiture mardi, c’est Pierre-Yves Bournazel qui a compté le plus de soutien. La direction de Renaissance a plaidé sous l’impulsion de Gabriel Attal pour ce "candidat de rassemblement", "plus clair sur la gouvernance, le projet et la répartition" sur les futures listes électorales à composer, "contrairement à Dati, plutôt muette sur nos attentes", selon un des participants.
Des poids lourds de Renaissance tonnent
Cette décision a eu le don de tendre certains autres membres. Le député et patron de la fédération parisienne de Renaissance Sylvain Maillard, artisan d’un soutien à Rachida Dati, a annoncé mardi qu’il se mettait "en retrait" de la présidence de la fédération Renaissance de la capitale, ajoutant auprès du Parisien qu’il entendait "jouer un rôle, être au cœur de la campagne" de la ministre de la Culture. Sylvain Maillard, qui fut le premier député du parti macroniste élu en 2017, reste néanmoins membre de Renaissance, a-t-il précisé à l’AFP.
Autre figure importante du parti, Benjamin Haddad avait estimé lundi qu'un soutien à Pierre-Yves Bournazel serait "incompréhensible". "On retombe dans le piège de 2020. La division, c’est la machine à perdre", avait prévenu le ministre délégué chargé de l’Europe, élu député de Paris en 2022 et 2024 et qui a assisté à l’inauguration du siège de campagne de Rachida Dati avec Sylvain Maillard il y a peu.
Quarante et un cadres et élus parisiens de Renaissance, dont David Amiel, Olivia Grégoire et Astrid Panosyan-Bouvet, justifient au contraire, dans une tribune à L’Opinion, leur soutien à Pierre-Yves Bournazel, dénonçant notamment la "foire d’empoigne" des Conseils de Paris, où Rachida Dati mène l’opposition à Anne Hidalgo.
Le cas Édouard Philippe
Ancien du parti de droite Les Républicains, soutien d’Édouard Philippe depuis 2017, secrétaire général d’Horizons, Pierre-Yves Bournazel, 48 ans, fait un pas vers l’Hôtel de ville, son ambition de longue date, après une candidature à la primaire des LR en 2014 et un ralliement à Renaissance en 2020. "Renaissance aura 55 % de place dans ma liste, ainsi que dix têtes de liste pour les mairies d’arrondissement", a-t-il précisé mardi au Parisien. Premier exercice de communication et de légitimation de sa campagne, il devrait s’afficher avec Gabriel Attal prochainement, lors d’un déplacement commun dans la capitale.
Mais les partisans d’un soutien à Rachida Dati dénoncent les déclarations d’Édouard Philippe, chef du parti Horizon de Pierre-Yves Bournazel, qui a suggéré il y a peu à Emmanuel Macron de démissionner pour déclencher une élection présidentielle anticipée. Le ministre David Amiel a d’ailleurs conseillé au candidat à la mairie de ne "participer à strictement aucune des attaques insupportables d’Horizons contre le président de la République".
Favorable quant à elle à un appui à Rachida Dati, la ministre Aurore Bergé a demandé un "engagement public" du candidat Bournazel qu’il ne rallierait pas le candidat socialiste Emmanuel Grégoire s’il n’était pas en tête au premier tour.
"Pas d’accord national" avec Horizons
Rachida Dati, soutenue par Emmanuel Macron selon plusieurs sources, faisait figure de candidate évidente pour une partie des macronistes depuis son entrée au gouvernement en 2024. Mais ce scénario avait également ses détracteurs qui pointaient les ennuis judiciaires de Rachida Dati, qui sera jugée après l’élection, en septembre 2026, pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire Renault-Ghosn. Des faits qu’elle conteste.
La maire du 7e arrondissement a entre-temps reçu l’investiture des LR. Mais les relations restent compliquées avec le parti de droite, dirigé par Bruno Retailleau, qui a suspendu les ministres de son parti membres du gouvernement Lecornu 2. Accusé par certains membres des Républicains d’avoir choisi Pierre-Yves Bournazel à l’issue de "tractations nationales" avec Horizon, Renaissance a juré mardi qu’il n’y avait "pas d’accord national" entre les deux partis. Avant d’annoncer le soutien d’Horizons pour les têtes de liste Renaissance à Annecy, Bordeaux, Dijon, Lille et Nîmes.
L’élection à Paris (15 et 22 mars) est incertaine, Anne Hidalgo ne se représentant pas après 24 ans de gestion PS depuis l’élection de Bertrand Delanoë. A gauche, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire, ancien premier adjoint de Rachida Hidalgo, et l’écologiste David Belliard sont engagés dans de difficiles discussions sur une union dès le premier tour, chacun revendiquant la tête de liste.
