ru24.pro
World News
Октябрь
2025

Législatives en Argentine : "Après la victoire de Javier Milei, les marchés sont euphoriques"

0

Depuis son arrivée à la Casa Rosada, le siège de l’exécutif argentin, fin 2023, Javier Milei s’est fait une spécialité de déjouer les pronostics. Peu d’économistes s’attendaient à un excédent budgétaire atteint en quelques mois, après des décennies de dérive des comptes publics. Encore moins à une baisse de l’inflation, qui gangrenait historiquement le pays. Ce dimanche 26 octobre, le président de l’Argentine a récidivé. Son parti, la Libertad Avanza, a remporté plus de 40 % des suffrages, renforçant sa présence au Congrès. Rien n’était pourtant gagné d’avance. Le libertarien avançait sur un fil, confronté à la méfiance des marchés financiers et chahuté par un scandale de corruption qui avait éclaboussé sa soeur. Pour accentuer la pression, Donald Trump avait conditionné son soutien financier à l’Argentine à la victoire du parti miléiste.

Ce triomphe électoral conforte le gouvernement dans sa politique d’austérité et sa lutte contre l’inflation. Mais surtout, il offre de meilleures conditions pour engager de vastes réformes de la fiscalité et du marché du travail, explique Bruno de Moura Fernandes, responsable de la recherche macroéconomique à Coface.

L’Express : Jusqu’au dernier moment, les marchés semblaient douter d’une victoire de Milei… Comment expliquer ce résultat surprise ?

Bruno de Moura Fernandes : Les investisseurs avaient réagi négativement ces dernières semaines car ils ont extrapolé les résultats des élections dans la province de Buenos Aires, remportées par les péronistes. Ils avaient anticipé le pire, les bons du Trésor s’étaient fortement repliés. Or, les scrutins provinciaux ne sont pas comparables à une élection nationale, surtout pour un parti comme La Libertad Avanza - très jeune, centré sur une figure individuelle, sans réel ancrage local ni réseau militant structuré. Le contraire du péronisme, solidement implanté dans les syndicats, les associations et les structures de terrain.

Le jour du scrutin, les partisans de Milei étaient inquiets de la faible participation, perçue comme un échec de la mobilisation. Pourtant, cette abstention a surtout pénalisé le camp kirchnériste : une partie des électeurs modérés n’a pas fait l’effort de voter, ou a choisi un vote utile au nom de la stabilité, en "donnant une chance" à Milei. Aujourd’hui, les marchés sont euphoriques et saluent sa victoire.

Quel indicateur économique a, selon vous, le plus contribué à ce succès ?

Principalement l’inflation. Elle atteignait des niveaux stratosphériques avant son élection, dépassant les 100 % en rythme annuel, mais Milei a réussi à la ramener à un niveau plus acceptable, autour de 30 %. Cela redonne de la visibilité aux ménages : ils peuvent désormais épargner, planifier, voyager. Le retour de la discipline budgétaire a aussi rassuré. Il y avait objectivement un peu de marge en Argentine, notamment sur les emplois fictifs dans les administrations ou les dépenses publiques excessives.

Le gouvernement va tenter de maintenir le peso sur une trajectoire de dépréciation progressive. L’inflation devrait ainsi rester sous contrôle. C’est un indicateur fondamental car les Argentins regardent tous les jours la valeur de leur devise face au dollar.

Malgré tout, Javier Milei n’a toujours pas la majorité au Parlement. Quels sont les prochains chantiers économiques auxquels il devra s’atteler ?

Il reste, certes, minoritaire, mais sa position est renforcée. Dans l’ancienne configuration du Congrès, ses vétos pouvaient être annulés. Aujourd’hui, il devra négocier mais il a davantage de poids : le principal parti d’opposition est affaibli et les partis indépendants pourraient être plus ouverts aux compromis. Ce sera essentiel pour passer sa réforme du marché du travail, destinée à réduire le poids des syndicats dans les négociations salariales, ainsi qu’une vaste réforme fiscale.

A quel point l’aide américaine, qui s’est matérialisée par un échange bilatéral de devises à hauteur de 20 milliards de dollars, peut-elle être déterminante pour l’avenir du pays ?

Le soutien du Trésor américain est un symbole fort : il a pu rassurer une partie de l’électorat argentin en quête de crédibilité économique et de continuité. Surtout, sans l’intervention des Etats-Unis, le peso aurait pu se déprécier davantage, ce qui aurait accru le risque d’un retour de l’inflation. L’autre option aurait été de puiser dans les réserves de la Banque centrale, ce qui aurait pu entraîner une crise de change.

En réalité, ces doutes autour du peso viennent d’un manque de réserves. L’Argentine affiche environ 40 milliards de dollars de réserves, mais une grande partie correspond à des prêts ou à des lignes de swap. Autrement dit, les réserves nettes sont quasiment nulles. C’est ce qui alimente les inquiétudes sur la capacité du pays à soutenir sa monnaie et à honorer ses dettes.

Comment reconstituer ces réserves ?

Deux leviers existent : les exportations, qui génèrent naturellement des devises, et les investissements étrangers, que Milei espère charmer grâce à un programme de réformes structurelles — notamment la réforme du travail et la réforme fiscale destinées à flexibiliser l’économie et à la rendre plus compétitive. L’objectif est de bâtir une économie plus libérale et productive, capable d’attirer les capitaux, d’exporter davantage et, in fine, de remplir les réserves. Sans cela, le peso restera vulnérable.

Ce problème n’est toutefois pas nouveau. Pour contenir l’inflation, les gouvernements précédents — notamment péronistes — ont artificiellement surévalué le peso par un contrôle strict des changes. Résultat : l’économie a perdu en compétitivité. Les prix domestiques augmentaient, mais le taux de change restait figé, rendant les exportations moins rentables et les importations bon marché. Ce déséquilibre a creusé le déficit courant, réduit les recettes en devises, et donc les réserves. Et pour défendre ce peso surévalué, le gouvernement a dû puiser encore davantage dans ces mêmes réserves, bouclant ainsi le cercle de la défiance.