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Октябрь
2025

La déclaration de politique générale pathétique et dangereuse de Sébastien Lecornu

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La tragicomédie autour de la « stabilité » du  gouvernement Lecornu II n’est peut-être que le début d’un chantage socialiste délétère pour notre pays.

Tout a été dit ou presque sur la reconduction de Sébastien Lecornu à Matignon, sur la constitution dans la douleur de son gouvernement et sur le fait qu’il ait finalement échappé le 16 octobre à deux motions de censure, celle du RN et celle des Insoumis, à quelques voix près pour cette dernière.

Une déclaration de politique générale plus qu’inquiétante

Nous avons lu l’ensemble des déclarations de politique générale des Premiers ministres depuis celle de Michel Debré le 15 janvier 1959. Le moins que l’on puisse dire est que la brève déclaration de Sébastien Lecornu lue – ou plutôt ânonnée – le 14 octobre ne restera pas dans l’Histoire. Certes, l’objectif du Premier ministre était de rester fidèle à sa marque de fabrique : humilité et sobriété. Nous n’avons rien contre, mais le  mot de Winston Churchill nous est venu à l’esprit : il est modeste et il a beaucoup de raisons de l’être… En effet, l’absence totale de hauteur de vue, le vide sidéral des principes ne pouvaient manquer d’être remarqués.

Qu’a dit Sébastien Lecornu ? Une série de platitudes, c’est une chose, mais aussi des contre-vérités manifestes, ce qui est autrement plus grave.

  • La situation financière dans laquelle nous sommes ? « Les crises l’expliquent pour l’essentiel ». Autrement dit, le déficit abyssal et la dette publique record seraient dus à des raisons conjoncturelles et non pas structurelles, ce qui relève de la mauvaise plaisanterie.
  • L’objectif du gouvernement ? « Donner un budget sérieux et fiable » (voir le point suivant).
  • A propos des finances, le budget initial traduit une « maîtrise des comptes publics qui réduira le déficit ». Immédiatement après, Sébastien Lecornu parle d’un budget qui produira un déficit à hauteur de 4,7 % – une bagatelle –, soit 0,1 % de plus que ce qui était prévu. Mais attention, le sérieux est de tous les instants, puisque ce déficit pourra dériver jusqu’à 5 %, mais pas plus « dans tous les cas », soit encore 0,3 point de plus !
  • Conclusion martiale : « Je ne serai pas le Premier ministre d’un dérapage des comptes publics ». Décidément, notre Premier ministre a beaucoup d’humour et, sur sa lancée, il continue en roue libre : « Il est urgent de continuer (sic) à dépenser moins ». Dépenser moins avec un déficit… et des dépenses publiques déjà en hausse dans le projet de budget par rapport au budget 2025, il fallait y penser !
  • Puisque, comme tout le monde l’imagine, la déclaration fait presque l’impasse sur les économies, il va falloir mécaniquement hausser les impôts. Certes, Sébastien Lecornu reconnaît que nos prélèvements obligatoires sont « déjà très élevés », mais justement, pour « garder (sic) leur maîtrise », il faut les augmenter ! Les augmenter, mais sur certains seulement, du moins officiellement. Les hausses d’impôt doivent être « ciblées et exceptionnelles ». Et au lieu de les prendre sur les plus pauvres (qui n’ont pas beaucoup d’argent mais qui sont nombreux, disait Alphonse Allais), on ira chercher les boucs émissaires commodes, ceux que visent la gauche de la gauche mais surtout nos amis socialistes, dont les voix sont aussi précieuses que le groupe parlementaire est réduit : chez les très grandes entreprises et les plus riches. CQFD.

La déclaration contient son lot d’ambiguïtés, savamment distillées : un « nouvel acte de décentralisation » avec des « libertés normatives » ; une réforme des retraites avec la mention de la retraite par points comme de la capitalisation, mais au gré des « partenaires sociaux », ce qui promet.

Elle se clôt avec l’intention exprimée de « redonner du sens à la politique », de « travailler ensemble » comme dans « toutes les démocraties du monde » (Sébastien Lecornu ne doit pas connaître le modèle britannique et l’on ne sache pas que, dans le berceau du parlementarisme, le gouvernement travaille main dans la main avec l’opposition…), de « trouver un chemin commun ». C’est beau comme du macronisme pur souche, du « en même temps » version 2017 que l’on pensait frelatée…

Lecornu, Le Cornichon ou Le Corniaud ?

Nos lecteurs seront peut-être surpris du titre donné à ce paragraphe. Rassurons-les : il est beaucoup moins irrévérencieux qu’on pourrait le croire de prime abord. « Le Cornichon » est le surnom donné il y a une décennie par Nicolas Sarkozy au jeune Lecornu et repris par Edouard Philippe beaucoup plus récemment de manière moins amicale… Quant à la référence à Bourvil, elle s’explique de la manière suivante.

Sébastien Lecornu n’a évidemment rien d’un sot. Peut-être conseillé par Jupiter, il semble même expert en pièges tendus à ses nouveaux alliés socialistes. Ne dit-on pas qu’il aurait cédé à leur – stupide – revendication d’une « suspension » de la réformette des retraites en leur promettant un amendement en ce sens dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, mais un amendement dont il n’est pas sûr qu’il sera déclaré conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel et qui s’inscrira dans un projet à adopter d’un bloc par la représentation nationale. Autrement dit, pour avoir gain de cause sur les retraites, les socialistes devraient accepter d’avaler des couleuvres avec le reste du texte…

Toutefois, qu’il y ait ou non machiavélisme, la tactique de Sébastien Lecornu risque de se retourner contre lui – ce qui, à vrai dire, nous indiffère totalement–, mais surtout contre notre pays – ce qui nous chagrine –. En effet, en cédant piteusement aux revendications immédiates des socialistes, le Premier ministre a ouvert une boîte de Pandore. A vrai dire, elle avait déjà été entrouverte par le gouvernement Barnier. En surtaxant les grosses entreprises et les plus riches, fût-ce à la marge, la droite et le centre ont autorisé leurs éventuels successeurs de gauche à aggraver les mécanismes mis en place. Par ailleurs, en prévoyant ces surtaxes, ils incitent aujourd’hui les parlementaires socialistes à prévoir d’autres mécanismes fiscaux pour prix de leur soutien, du moins de leur absence de censure. C’est ainsi qu’Olivier Faure s’est empressé d’indiquer que la « taxe Zucman » ferait sa réapparition lors de la discussion du projet de loi de finances. Si la droite et le centre ne manqueront pas de s’y opposer, ils ne pourront pas résister à une nouvelle mouture de taxation des plus riches débarrassée des aspects les plus ineptes de la « taxe Zucman ». A malin, malin et demi ?

En substance, le coût de la « stabilité » du gouvernement risque d’être fort élevé. Sébastien Lecornu se dit gaulliste social. Nous ne doutons pas du second terme de l’expression : notre Premier ministre appartient à la droite dite sociale, que nous n’hésiterons pas à qualifier de socialiste. Quant au premier terme, nous ne sommes pas sûr que devant ces petites combinaisons de partis et cet abandon de la « grandeur de la France », le général de Gaulle ne se retourne pas dans sa tombe.

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