Guerre commerciale : ce que contient l’accord USA-UE
Après des mois de négociations et de menaces de droits de douane stratosphériques, les Etats-Unis et l’Union européenne sont parvenus à un accord politique dimanche 27 juillet en Ecosse. Il instaure une surtaxe de 15 % avec des exceptions sectorielles… et des zones de flou. Revue de détail.
A quatre jours de la date butoir du 1er août marquant la fin des discussions entre Bruxelles et Washington, le couperet est tombé. Annoncées à 20 % le 2 avril (en plus d’un socle de 10 % commun à toutes les origines), puis à 30 %, les importations américaines en provenance de l’UE seront finalement frappées d’un droit de douane de 15 % « pas de surtaxe » et « tout compris » a précisé Ursula von der Leyen à l’issue de son entretien avec Donal Trump dimanche en Ecosse, dans la salle de bal du complexe du golf de Turnberry, qu’il possède.
Ce taux concerne également les voitures (auparavant surtaxées de 25 %), les semi-conducteurs (menacés d’une taxe de 100 % en avril), mais pas l’acier, l’aluminium et le cuivre qui demeurent frappés d’une surtaxe de 50 %).
Le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick a néanmoins insisté sur le fait que les semi-conducteurs feront l’objet d’une annonce distincte d’ici à « deux semaines ».
Exceptions sectorielles
Certains biens seront cependant exemptés de taxes. « Un accord « zéro pour zéro » a été conclu pour certains produits stratégiques, notamment les avions et leurs pièces détachées, ainsi que certains produits chimiques, médicaments génériques et produits agricoles, a énuméré la présidente de la Commission, sans donner plus de détails. D’autres produits seront ajoutés à la liste. »
Les engagements des Vingt-Sept
« En échange » d’un taux « réduit », du moins par rapport à ceux précédemment annoncés, les Européens ont pris trois engagements à l’égard des Etats-Unis.
– Acheter en trois ans pour 750 milliards de dollars (Md USD) d’hydrocarbures américains, essentiellement du gaz naturel liquéfie (GNL) dont l’Europe a par ailleurs besoin pour pallier la baisse de ses achats de gaz à la Russie.
– Investir aux Etats-Unis dans les trois années à venir 600 Md USD « supplémentaires » selon Donald Trump, ce dernier n’ayant fourni aucun détail.
– Il n’a également pas précisé le montant des achats d’équipements militaires auxquels devront procéder les Vingt-Sept, évoquant « plusieurs centaines de milliards de dollars ».
Zones de flou
L’accord conclu dimanche ne mentionne pas les vins et spiritueux filière clef des exportations tricolores aux Etats-Unis. Selon Ursula von der Leyen, une décision doit être prise sur ces deux secteurs « dans les prochains jours ».
Lundi matin, le ministre délégué au Commerce extérieur Laurent Saint-Martin rapportait que « les spiritueux devraient être dans l’accord 0 pour 0 ». « Nous comprenons que les spiritueux sont bien exemptés. » Les fromages, les cosmétiques et les produits de luxe en seraient également exclus. Bref, la partie n’est pas encore complètement jouée pour certains secteurs.
Inquiétudes des filières
« Les produits cosmétiques français jusqu’ici exonérés de droits de douane (0%), seront désormais taxés à hauteur de 15 % pour les exportations vers les États-Unis, a déclaré Emmanuel Guichard, délégué général de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea). Si cet accord met fin à l’incertitude, il fait peser une menace significative sur la compétitivité de l’industrie cosmétique française. »
« S’il est un moindre mal et préserve certaines de nos filières stratégiques, cet accord illustre la difficulté qu’a encore l’UE à faire valoir la puissance de son économie et l’importance de son marché intérieur, a par ailleurs estimé le Medef. Il y a donc urgence à approfondir ce dernier »,
Désunion européenne ?
Du côté des responsables politique, les Francais, partisans de la manière forte et d’importantes mesures de rétorsion, évoquent un accord « déséquilibré » qui « n’est pas satisfaisant et ne peut pas être durable » (Benjamin Haddad, ministre délégué aux Affaires européennes, sur X) et qui nécessite de « continuer à travailler » car « la messe n’est pas dite » (Laurent Saint-Martin, ministre délégué au Commerce extérieur, sur France Inter). François Bayrou a quant à lui qualifié de « jour sombre » celui « où une alliance de peuples libres, rassemblés pour affirmer leurs valeurs et défendre leurs intérêts, se résout à la soumission ».
Ailleurs en Europe, Viktor Orban, le Premier ministre hongrois a formulé une vive critique lors d’un live Facebook live, lundi 28 juillet. « Ce n’est pas Donald Trump qui a conclu un accord avec Ursula von der Leyen, c’est plutôt Donald Trump qui a mangé Ursula von der Leyen au petit déjeuner », a-t-il lancé. En revanche, son homologue italienne Giorgia Meloni, a tempéré depuis l’Ethiopie où elle est en déplacement.
« Je considère comme positif qu’il y ait un accord, mais tant que je ne vois pas les détails, je ne peux pas formuler un jugement meilleur, a-t-elle déclaré selon les médias italiens. Une escalade commerciale entre l’Europe et les Etats-Unis aurait eu des conséquences imprévisibles et potentiellement dévastatrices. »
Ces divergences sont importantes car si un accord politique a bien été conclu entre Washington et Bruxelles, il doit encore être approuvé par les parlements nationaux des Vingt-Sept et à en croire les réactions (et les intérêts) des différentes capitales, ce « deal » est loin de faire consensus.
Sophie Creusillet
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