Droits de douane : pourquoi l’Europe a accepté les conditions de Donald Trump
Hors de question que l’UE accepte un accord déséquilibré. Ni des droits de douane plus élevés que ceux du Royaume-Uni. Alors que les négociations allaient bon train, nombre d’experts sont montés au créneau ces derniers mois pour inciter l’Europe à rester ferme face à l’ogre américain. Ils ont la gueule de bois ce matin. Le président américain Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont indiqué le 27 juillet avoir trouvé un accord douanier lors de leur brève entrevue à Turnberry, en Ecosse. Le deal prévoit des droits de douane de 15 % sur les produits européens importés aux Etats-Unis.
Ce sera le cas des voitures qui, depuis le 3 avril, étaient soumises à un taux plus élevé encore de 25 %. Ainsi que des produits pharmaceutiques que Donald Trump avait un temps menacé de taxer à 200 %. L’aéronautique européenne sera en revanche exemptée de droit de douane, tout comme "certains produits chimiques, certains produits agricoles", et "certaines matières premières stratégiques". Et si le locataire de la Maison-Blanche a affirmé que les droits de douane de 50 % sur l’acier et l’aluminium ne bougeaient pas, Ursula von der Leyen a assuré qu’un compromis avait été trouvé permettant de les réduire en dessous de certains quotas.
L’UE s’est en parallèle engagée à 750 milliards de dollars d’achats énergétiques (GNL, combustible nucléaire…) sur trois ans. Et à 600 milliards d’investissements supplémentaires aux Etats-Unis.
Trois facteurs ont pesé dans la décision de Bruxelles. Le premier est que les chances d’obtenir des droits de douane de 10 % étaient minces. Certes, c’est ce qu’a obtenu le Royaume-Uni. Mais la situation du pays n’a rien de comparable avec celle de l’UE : il importe déjà autant de produits des Etats-Unis qu’il n’en exporte vers eux. L’accord trouvé n’est donc pas le fruit d’une négociation hors pair des Britanniques.
L’Europe n’a pas dégainé son "bazooka" commercial
Deuxième point : l’UE a compris qu’elle n’avait rien de positif à attendre des Américains sur le plan commercial, pour les années à venir. Et que la bonne stratégie à adopter était de se concentrer sur d’autres marchés, notamment le Mercosur, l’Asean et l’Inde. L’accord avec le Mercosur a été conclu. Reste désormais à le ratifier. "Ce sera un test de crédibilité. Si l’Union européenne y parvient, malgré les controverses politiques bien connues, ce sera un signal très fort envoyé à d’autres pays. Le signe qu’on peut compter sur l’UE", confiait le mois dernier à L’Express, Ignacio Garcia Bercero, ancien négociateur européen en chef du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) et chercheur non-résident du think tank Bruegel.
L’Europe doit également transformer l’essai avec l’Indonésie, première économie de l’Asean avec qui elle a signé un accord politique le 13 juillet. Et faire avancer les négociations en cours avec la Thaïlande, la Malaisie, les Philippines et l’Inde. Des acteurs difficiles à convaincre, mais que le contexte actuel a rendu plus sensibles aux arguments bruxellois.
Si l’Europe réussit son coup, il se peut qu’elle ressorte de la guerre commerciale trumpiste avec moins de dommages que les Américains eux-mêmes. Washington peut toujours se vanter d’avoir imposé des accords asymétriques à un nombre croissant de pays, ses droits de douane chahuteront, au premier chef, son économie.
Un dernier facteur pourrait expliquer la prudence de Bruxelles : l’idée qu’il faudrait se garder des cartes en mains. Donald Trump a qualifié hier l’accord trouvé de "plus grand" jamais conclu en matière de commerce et déclaré y voir une promesse "d’unité et d’amitié". Mais la volatilité du personnage fait que personne, surtout pas ses alliés, n’est à l’abri de nouvelles pressions. L’Europe n’a pas dégainé son "bazooka" : le fameux outil anti-coercition (ACI) au départ conçu pour se protéger de la Chine et qui l’autoriserait à viser les services d’un pays tiers, bloquer ses investissements ou encore le priver de l’accès aux marchés publics européens. Toute la question est de savoir si les armes bruxelloises continueront d’exercer un pouvoir de dissuasion, si le reste du monde voit que l’Europe ne se résout jamais à les dégainer.
