Selon l’économiste Patrick Artus, il faut « forcer » les héritiers d’un patrimoine professionnel à ouvrir leur capital
Comme chaque année depuis 30 ans, Challenges a dévoilé un classement des 500 premières fortunes de France. Cette année, il existe 145 milliardaires et 255 millionnaires au patrimoine de plus de 245 millions d’euros. Le patrimoine global de ces 500 personnes aura été multiplié par 14 en 30 ans, alors que le smic en euros courants n’aura même pas doublé, relève le magazine.
Dans le même sujet, l’économiste Patrick Artus, bien connu des plateaux de télévision, signe un article intitulé « Freiner l’économie de rentiers pour dynamiser le marché ». Il y explique que « la très grande concentration des patrimoines qui résulte de l’héritage est inefficace économiquement » et ce, pour les raisons suivantes : absence de diversification des idées, peu d’innovations, investissements défensifs, protection de rentes en achetant des concurrents plus petits et dangereux. Selon lui, « le sujet n’est donc pas politique ou moral : si l’on ne veut pas retomber dans une économie de rentiers, il faut lutter contre cette concentration du patrimoine, qui résulte d’une accumulation des héritages d’une génération sur l’autre ».
Patrick Artus cite continument avec éloge l’étude du Conseil d’analyse économique de 2021 sur l’héritage et il en entérine les solutions. Il insiste sur la nécessité de la réforme du pacte Dutreil sur la transmission des entreprises en accroissant « la part des héritages de patrimoine professionnel taxée au barème de droit commun ». « Cela forcerait (sic) ces héritiers à ouvrir leur capital ». Cette taxation accrue des héritages « pourrait servir à doter en capital tous les jeunes Français », poursuit-il avec force démagogie.
A plusieurs reprises ces dernières années, nous avons écrit des pendules ou des articles pour dénoncer le tir groupé de la gauche et de l’extrême gauche contre les successions et donations, qu’il s’agisse du rapport Blanchard-Tirole (14 juillet 2021), de Thomas Piketty, de l’OFCE, du CAE, d’Oxfam France (21 octobre 2024), de la Fondation Jean-Jaurès (3 décembre 2024) ou plus récemment de chercheurs (6 avril 2025). Pour le moment, et heureusement, les propositions d’accroissement de la fiscalité ont été infructueuses, mais il convient d’être vigilants.
Patrick Artus s’ajoute donc à la longue liste des zélateurs de la fiscalité sur les héritages et notamment sur les héritages de nature professionnelle. Il nous dit qu’il ne s’agirait ni de politique ni de morale, mais, si l’on comprend bien, de bonne logique économique entendue de manière utilitariste. Trois points déjà contestables, mais surtout ce qu’il oublie, c’est l’aspect juridique. L’État n’a aucune légitimité à « forcer » des héritiers à ouvrir leur capital pour payer des impôts et pour éviter que ne se « reconstitue » une « société de rentiers ». La proposition de Patrick Artus est rien moins qu’une violation caractérisée des droits de l’homme et une atteinte tout particulièrement inacceptable au droit de propriété. Pour le dire autrement, c’est de la spoliation, c’est du vol.
L’article Selon l’économiste Patrick Artus, il faut « forcer » les héritiers d’un patrimoine professionnel à ouvrir leur capital est apparu en premier sur Contrepoints.
