ru24.pro
World News
Июнь
2025

Iran-Israël : ce documentaire qui retrace les racines du conflit

0

Arte a la bonne idée de ressortir le documentaire La Longue guerre Iran-Israël-USA, déjà diffusé en 2021, et de nous faire économiser les 9,99 € que nous aurait coûté le DVD en vente sur sa boutique. Le film d’Ilan Ziv et Vincent de Cointet, en deux parties de 55 minutes, offre une révision nécessaire avant les prochains dîners en ville. Ne pas raconter trop d’âneries et faire croire aux copains qu’on a une sacrée mémoire. Revoir les images qu’on n’a peut-être jamais vues du chah d’Iran, du peuple iranien en liesse dans les rues de Téhéran. Se souvenir que tout avait commencé là, à Neauphle-le-Château, où l’ayatollah Khomeini avait trouvé refuge dans une villa, non loin, forcément non loin de la maison que Marguerite Duras avait achetée avec les droits cinéma de son Barrage contre le Pacifique, où elle avait tourné en 1972 son premier film comme réalisatrice, Nathalie Granger, avec Jeanne Moreau et Gérard Depardieu.

Aucune révolution, dans aucun pays du monde, depuis que le cinéma a pu en conserver la trace, n’avait connu un rassemblement humain d’une telle ampleur. Ni en Allemagne dans les années 1930, ni même en Chine dans les années 1950, cette sensation de vague humaine, en tchadors noirs d’un côté, les cheveux noirs de l’autre, jamais on n’avait vu défiler une telle masse. Il s’agissait d’accueillir l’ayatollah Khomeini de retour après huit années d’exil. Ma parole, je le trouvais cool avec son turban et sa gandoura. Je ne me souviens pas, en revanche, avoir vu à l’époque à la télé les images du "vendredi noir" que montre le documentaire : l’armée du chah qui ouvre le feu sur les manifestants, le 8 septembre 1978, entre 87 et plus de 4 000 morts, selon la police ou l’opposition, images stupéfiantes des cadavres alignés, raidis parmi les énormes blocs de glace censés les maintenir au frais. Jamais vu ça. Sans la mort, le cinéma n’aurait pas cette créativité. Est-ce que le septième art apporte la mort ? Il en fait autre chose qu’une morbidité brute et bête, il la qualifie, la magnifie. Sans prétendre nous prévenir, encore moins nous consoler par le truchement de son épouvante.

La force est du côté des violents

Donc, une Amérique arrogante, aveugle, qui se rend compte soudain que le pays qu’elle exploite éhontément en a marre du chah. Il paraît qu’aujourd’hui dans ce même pays, peuplé d’enfants et petits-enfants de ceux qui étaient tous dans la rue pour accueillir le Guide suprême, ils en ont marre de celui qui a succédé. En veulent-ils un autre ? Car il en faut un, il en faut toujours un. Leur chance serait qu’il n’y ait pas de nouveau Guide suprême. En tout cas, s’ils comptent sur Trump ou sur Netanyahou, comme certains le prêchent ici même, on sait déjà comment ça va finir.

Le fil des événements si clairement développé dans le film d’Ilan Ziv et Vincent de Cointet montre que la force est toujours du côté des violents, des escrocs, des psychologiquement déséquilibrés, des intellectuellement déficients, des mystiques. Leurs capacités à faire le mal sont toujours supérieures aux dons que possèdent les raisonnables, les intelligents, les cultivés, les scientifiques. Le récit des occasions manquées, des possibilités sabotées, des sanctions contreproductives, des menaces qui excitent, cet art consommé des forts pour désespérer les faibles, ce génie de faibles pour inventer ce qui va les affaiblir davantage, guerres d’évangélisation contre attentats suicides, et "nous", les Européens, descendants des croisés, "nous", les plus grands colons du monde, les exterminateurs patentés, les inventeurs du nazisme, "nous" qui savons le mal qu’on a fait au monde, nous faisons la morale, et c’est là notre moindre défaut.

Pour vous remonter le moral, allez voir Enzo, le film de Laurent Cantet et Robin Campillo qui se demandent comment un ouvrier immigré d’un pays en guerre, travaillant sur un chantier de La Ciotat, pourrait s’entendre avec l’enfant d’un couple de bons bourgeois de ce pays en paix. La réponse qu’ils donnent est dans le sexe. Mais après ?