Boualem Sansal : 10 ans de prison requis en appel contre l’écrivain franco-algérien
Le Parquet a requis mardi 24 juin 10 ans de réclusion à l’encontre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, lors d’une audience devant la Cour d’appel d’Alger à laquelle assistait un correspondant de l’AFP. Le Parquet "réclame 10 ans de prison et un million de dinars d’amende", a dit le procureur général de la Cour d’appel, qui rendra son verdict mardi prochain, le 1er juillet.
Boualem Sansal a été condamné le 27 mars à cinq ans de prison, en première instance, notamment pour des déclarations en octobre au média français d’extrême droite Frontières, où il estimait que l’Algérie avait hérité sous la colonisation française de territoires appartenant jusque-là au Maroc. Aussi bien l’écrivain que le Parquet, qui avait déjà requis une peine de dix ans, avaient fait appel.
"C’est de la littérature"
À l’audience en appel qui a duré environ 20 minutes, Boualem Sansal s’est présenté sans avocat. Il est apparu en bonne forme et a répondu d’une voix ferme aux questions de la magistrate qui présidait la séance. "C’est de la littérature. La Constitution algérienne garantit la liberté d’expression et de conscience. Cela n’a pas de sens", a-t-il expliqué à propos de ses déclarations controversées. "La Constitution décrète la liberté d’expression et on fait un procès pour de la littérature. Où est-ce qu’on va comme ça ? ", a-t-il ajouté.
Interrogé sur sa déclaration sur les frontières, Boualem Sansal a répondu : "Je ne fais pas que de la politique. Je m’exprime aussi sur l’histoire". "La France a créé les frontières (de l’Algérie colonisée à partir de 1830, ndlr) mais heureusement après l’indépendance (en 1962), l’Union africaine a décrété que ces frontières héritées de la colonisation étaient intangibles", a-t-il ajouté.
Lutte diplomatique
L’écrivain, âgé de 80 ans et atteint d’un cancer de la prostate, selon ses proches, fait l’objet d’une âpre lutte diplomatique entre l’Algérie et la France depuis son arrestation à son arrivée à Alger le 16 novembre 2024 pour des accusations d’atteinte à l’intégrité du territoire. Alger estime que la justice a suivi son cours normal alors que Paris appelle à un "geste d’humanité" envers un homme malade et affaibli.
L’Algérie et la France traversent depuis l’été dernier une crise diplomatique considérée comme l’une des plus graves depuis la guerre d’Algérie (1954-1962), marquée par des expulsions de diplomates de part et d’autre et un gel de toutes les coopérations. La brouille a éclaté après la reconnaissance fin juillet par Emmanuel Macron d’un plan d’autonomie "sous souveraineté marocaine" comme le seul viable à ses yeux pour le Sahara occidental, territoire que se disputent depuis 50 ans le Maroc et les indépendantistes du Polisario, soutenus par Alger.
Le 6 mai, l’Assemblée nationale française a adopté une résolution appelant à la "libération immédiate" de l’écrivain, et à subordonner au respect des "engagements internationaux en matière de droits humains" toute "coopération renforcée" entre l’Algérie d’une part, la France et l’Europe de l’autre. Mais jusqu’à présent, les multiples demandes de libération ou de grâce présidentielle en faveur de Boualem Sansal provenant de France, y compris du président Emmanuel Macron en personne, sont restées lettre morte.
