Bourse : "Il faut investir lorsque les vents sont contraires"
Guerre commerciale, tensions géopolitiques, incertitudes sur la croissance… La période est-elle propice à l’investissement en actions ?
Christopher Dembik Absolument ! Les particuliers ont souvent tendance à investir après de fortes hausses de marché, réduisant ainsi mécaniquement leur potentiel de gains. Or, les périodes d’incertitudes, comme celle que nous traversons, entraînent des baisses de marché qui emportent même des entreprises de grande qualité, lesquelles affichent alors des prix décotés. Ces mouvements peuvent offrir de véritables opportunités d’achat. Il faut au contraire investir lorsque les vents sont contraires : cela peut s’avérer très judicieux.
Comment intégrer l’aléa Donald Trump dans sa gestion de portefeuille ?
Lorsqu’on investit avec un horizon de long terme, mieux vaut ne pas accorder trop d’importance aux bruits de court terme, souvent sans impact durable sur la valorisation. Cela dit, il est possible de renforcer la résilience de son portefeuille en se positionnant sur des valeurs défensives, supposées plus stables en période de turbulences. C’est le cas des entreprises de consommation de base comme la chaîne de distribution américaine Walmart, qui a historiquement bien résisté lors des crises.
Certains titres sont-ils immunisés contre la guerre commerciale des Etats-Unis ?
Les annonces de réarmement européen ont soutenu les valeurs de la défense, qui ont constitué un bon pare-feu face aux tensions commerciales. Mais ces titres sont aujourd’hui très chers. En revanche, après les annonces de hausses de droits de douane, en avril, aucune zone géographique ni aucun secteur n’ont réellement joué le rôle de valeur refuge : le marché a paniqué, affectant toutes les entreprises de façon indifférenciée, y compris les plus solides. Ces dernières ont bien rebondi par la suite.
Faut-il racheter les actions états-uniennes ?
Chez Pictet AM, nous étions très positifs en début d’année, et nous maintenons une forte exposition aux Etats-Unis. Les sociétés technologiques affichent désormais des niveaux de valorisation attrayants. Elles disposent de bons fondamentaux, de beaucoup de liquidités et d’une avancée technologique qui limitent la concurrence. Par ailleurs, nous n’anticipons pas de récession aux Etats-Unis.
Les entreprises semblent capables de s’adapter à la guerre commerciale, à l’image d’Apple qui a mis en place des stratégies de contournement avec la création de sociétés écrans en Asie du Sud-Est. Enfin, même si certaines sociétés de gestion se repositionnent sur l’Europe pour bénéficier du plan de relance allemand et des dépenses de défense, leurs effets ne se concrétiseront probablement pas avant 2026. Au mieux.
Les actions européennes peuvent-elles continuer l’année sur leur bonne lancée ?
Les bonnes performances du premier trimestre nous paraissent davantage relever d’un rattrapage, après une année 2024 assez médiocre. Mais il existe des forces de rappel, notamment en matière de croissance. De plus, nous ne voyons pas de basculement des flux. En mars et en avril, seuls les investisseurs européens vendaient des actions états-uniennes, alors que le reste du monde profitait de leur décote pour en acheter.
L’or caracole à plus de 3 200 dollars l’once. En intégrez-vous dans les portefeuilles ?
Oui, pour nos clients de la banque privée. Il faut s’attendre à des prises de bénéfices à court terme qui pourraient provoquer un repli passager, mais la tendance haussière ne semble pas terminée. L’offre reste contrainte, tandis que la demande – notamment celle des Banques centrales – demeure massive. Sans parler de la composante géopolitique, qui renforce encore l’attrait du métal jaune.
Un article de notre dossier spécial Placements, publié le 19 juin.
