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Май
2025

"En Europe, les retraites représentent la moitié des dépenses sociales !" : l'éclairage de Julien Damon

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En 2022, environ 2 000 milliards d'euros de pensions de retraites ont été versées dans l’Union européenne. Cocktails de controverses sur les fonds de pension, la capitalisation et la répartition, ces systèmes représentent, en moyenne, 12,4 % du produit intérieur brut (PIB) de chacun des États-membres. Des sommes correspondant à près de la moitié des dépenses sociales, et au quart des dépenses publiques.

Invention européenne, la retraite, en tant qu’âge de la vie et en tant qu’institution, date de moins d’un siècle et demi. Sur cette période se sont partout déployées des politiques de plus en plus denses, mobilisant des moyens toujours plus importants, enclenchant des débats nourris. Pour autant la diversité prévaut en Europe, les dépenses de retraite dépendant à la fois de la part de la population en âge d'être retraitée et du niveau de richesse du pays. Par ailleurs, les dispositifs peuvent être publics ou privés, sachant que la plupart des pays combinent les deux options.

Dépenses de retraites rapportées au PIB (en 2022). Source : Eurostat.

Les efforts relatifs, si l’on prend en considération ce que représentent les dépenses de pensions de retraite par rapport au PIB, vont du simple (en Irlande) au quintuple (en Italie). L’Italie affiche le niveau de prestations en parts du PIB le plus élevé (16,3 % en 2022). Suivent la Grèce et l’Autriche (à égalité à 14,7 %) puis la France (14,4 %) qui présentent une dépense sensiblement supérieure à la moyenne. Parmi les pays qui dépensent moins de 10 % de leur PIB pour ces prestations figurent l'Irlande (3,3 %), la plupart des "nouveaux États-membres" (entrés après le 1er mai 2004) mais aussi le Luxembourg (8,7 %).

Décortiqués sous tous les angles, selon tous leurs critères et paramètres, les systèmes varient selon les âges de départ à la retraite, la générosité des taux de remplacement, l’ampleur de la solidarité entre les catégories sociales, les niveaux de vie des pensionnés par rapport aux actifs.

Difficile de comparer les pays

Les choses sont devenues passablement compliquées à mesure de la sophistication des programmes. Ainsi, si une grande partie de l’attention se focalise sur l’âge de départ à la retraite, il s’avère plutôt difficile, même avec un critère qui peut paraître aussi évident, de comparer les pays. Dans la plupart d’entre eux, il existe ainsi plusieurs âges légaux de départ en retraite : le plus souvent un âge minimal, dépendant habituellement du statut professionnel ; un âge de versement de la première pension ; un âge de départ anticipé sur la base de la pénibilité des métiers ou de la longueur des carrières.

D’autres variables, intéressantes pour se comparer, alimentent les bases de données Eurostat (l’Insee de l’Union) et celles de l’OCDE. L’une d’entre elles, qui entretient naturellement des liens avec l’âge de départ, est l’espérance de vie à la retraite. Cette espérance de durée de la retraite était, en 2022, d’environ 25 ans en France, 21 en Suède, 22 en Allemagne et au Pays-Bas, et 24 en Italie et en Belgique.

Parmi les indicateurs très commentés, le niveau de vie relatif des retraités, en comparaison de celui de la population totale permet lui aussi d’apprécier les systèmes les uns par rapport aux autres. Grâce à leurs pensions mais aussi à leurs autres ressources, tirées du capital immobilier notamment, le niveau de vie des retraités italiens et français correspond à 100 % du niveau de vie moyen de la population. En Espagne, ce rapport est de 95 %, de 90 % en Allemagne, de 85 % en Suède, de 80 % en Belgique, de 70 % en Lituanie et en Lettonie.

Avec le vieillissement démographique, qui affecte tous les pays européens, selon des rythmes et des intensités divers, les questions de retraite et d’équité intergénérationnelle vont prendre à l’avenir toujours davantage d’importance. Même s’ils se tassent, les gains d’espérance de vie, associés à une faible fécondité, conduisent à des révisions des retraites poussant à augmenter encore les âges de départ et à revoir les paramètres des systèmes.

Partout, les mêmes déterminants

Les systèmes de retraite européens doivent certes encore évoluer s’ils veulent assurer à leurs seniors de demain des conditions de vie aussi favorables qu’à ceux d’aujourd’hui. Les évolutions étant lentes, les réformes progressives, et les changements anticipables, ils devraient être relativement bien supportés.

Peut-être d’ailleurs le grand sujet des différences au sein de l’Union européenne procède-t-il du niveau d’acceptation de ces évolutions. Afin de comparer valablement les systèmes, des données originales pourraient être mobilisées, comme le nombre de jours de grève, avec leurs conséquences économiques, déclenchées par les oppositions aux réformes.

Un des sujets difficiles à mettre en équation, pour bien apprécier les systèmes de retraites, ne relève pas de la démographie et des finances publiques, mais de leur réformabilité. Dans certains pays ce sont des débats éruptifs, des défilés dans les rues, des conclaves de discussions infinies, des révisions douloureuses. Dans d’autres, le sujet est moins épidermique, plus posé. Pourtant partout les déterminants sont les mêmes…

* Professeur associé à Sciences Po et enseignant à HEC, Julien Damon est chef du service Questions sociales au Centre d’Analyse Stratégique et rapporteur générale du Grenelle de l’Insertion. Il a publié récemment "Les batailles de la natalité" (Editions de l'Aube, 2024)