Cinq conseils pour manger durable à prix abordable
Les chiffres tournent en boucle au point de devenir obsédants. Notre alimentation représente 22 % de l’empreinte carbone de notre consommation totale. Elle constitue également la troisième source d’émission de gaz à effet de serre, après le transport et le logement. Pourtant, chacun peut adapter ses menus, afin d’améliorer son bilan carbone, préserver sa santé et la biodiversité. Voici cinq pistes à suivre jour après jour.
1. Verdir son assiette en consommant moins de produits carnés
Fromage à la noix de cajou, jambon à base de lentilles… L’offre de substituts à la viande et au poisson pèse déjà 607 millions d’euros de chiffre d’affaires et a connu une croissance de 7 % en 2024.
Aujourd’hui, une petite moitié de Français dit connaître un flexitarien, autrement dit une personne qui, sans être végétarienne, limite sa consommation de viande et de poisson. Laquelle peut (enfin) se régaler. Selon Xavier Terlet, consultant chez Protéines XTC, "la qualité organoleptique des alternatives végétales s’améliore. En outre, les légumineuses ne se consomment plus uniquement durant les repas. Des PME comme Chiche ! fabriquent des biscuits aux pois et aux fèves pour le goûter et l’apéritif."
Opportunistes, les grandes surfaces proposent elles aussi davantage de produits "verts". Carrefour a ainsi créé en 2023, la Coalition végétale composée d’une quinzaine de fabricants (Danone, Barilla, Bonduelle, Bel…), avec l’objectif d’atteindre 650 millions d’euros de chiffre d’affaires en Europe d’ici à 2026. "Cette démarche est intéressante, commente Céline Barral, directrice de la stratégie des marques et de l'impact pour Bonduelle. La transition alimentaire doit mobiliser à la fois les agriculteurs, les fabricants et les commerçants. Par exemple, nous réhabilitons la filière française des légumineuses avec nos partenaires producteurs mais, dans le même temps, il faut organiser des animations en magasins et proposer des recettes. Nous ne pourrons pas réussir seuls. C'est tout un écosystème de l'amont à l'aval qui doit être mobilisé."
Dans l’immédiat, ces partenaires doivent relever un défi majeur : diminuer leurs marges. La charcuterie végétale coûte par exemple presque deux fois plus cher que la charcuterie classique. Or il est impossible de faire admettre au consommateur que du jambon aux pois chiche soit plus onéreux que celui fait avec du porc… Aussi les Centres Leclerc ont-ils lancé mi-mars une campagne publicitaire garantissant des steaks, saucisses et autres nuggets végétaux au même prix que celui de la viande. Une évolution indispensable à l’heure où les budgets alimentaires sont contraints.
2. Diminuer les emballages en cuisinant chez soi
Avec le télétravail et la vogue de la boite à déjeuner au bureau, les Françaises et les Français cuisinent davantage. En témoignent le succès des consultations de recettes en ligne, conçues par des chefs ou des influenceurs, et l’engouement pour les applis sur le sujet. Jow, par exemple (8 millions d’utilisateurs) envoie des idées de menus à préparer chez soi, compose la liste de course et passe la commande qui sera livrée ou disponible en drive. L’équipe de huit pros, pilotée par Domitille Boulin, prépare "des recettes, qui exigent trente minutes de travail tout compris, même pour un débutant, avec six ingrédients max et un matériel de base". Les prix, calculés à la portion oscillent, entre 2 et 4 euros pour les repas au quotidien et sont légèrement supérieurs à 4 euros à l’occasion des fêtes. Compétitif ! "Le choix de mettre plus de végétal dans les assiettes permet de diminuer le budget consacré aux courses, assure Céline Barral. Une étude du WWF a montré une baisse de plus de 20% du coût du panier moyen d'une famille en passant à un régime flexitarien."
Comment diminuer davantage son bilan carbone en cuisine ? La réponse est simple : acheter en vrac. 83 % des Français considèrent la diminution de l’emballage comme une pratique essentielle pour préserver l’environnement. Certes, l’offre doit encore s’améliorer pour devenir plus variée et plus hygiénique (attention aux mites alimentaires). Mais la situation évolue à grands pas. Pour preuve : Danone, Lesieur, Bel et Famille Michaud Apiculteurs s’unissent pour élaborer des distributeurs adaptés aux yaourts, à l’huile ou encore au miel.
3. Préserver la biodiversité en achetant bio
Ouf ! L’inflation n’aura pas eu la peau du bio. Après la chute des ventes de 2023, les produits au logo vert font leur retour dans les chariots. Les réseaux spécialisés ont compris la leçon et révisé certains prix à la baisse. C’est le cas notamment de Biocoop, qui aligne 150 produits du quotidien à des tarifs inférieurs de 9,2 % en moyenne par rapport aux autres réseaux.
Las !, ce désamour des consommateurs laisse des traces au sein du monde agricole. Le nombre de fermes en cours de labellisation a marqué le pas à partir de 2023, notamment dans l’élevage. Pourtant, une récente étude cosignée de l’Institut national de recherche pour l’agriculture et l’environnement et de l’Institut français de la mer confirme que les pratiques des paysans bio restent bénéfiques pour la biodiversité. Interdiction de molécules dangereuses pour la nature ; réduction des antibiotiques destinés au bétail ; maintien des haies… Au total, toutes ces contraintes "entraînent des gains de richesse en espèces d’environ 30 % par rapport à l’agriculture conventionnelle".
4. Réduire son empreinte carbone en privilégiant les circuits courts
En famille, en amoureux ou en solo. Dans toute la France, plus de 2 millions de cueilleurs du dimanche récoltent des fruits et légumes dans les 35 exploitations du groupement A vos bottes !
Ce retour aux racines est largement partagé : 64 % des Français déclarent acheter régulièrement en circuit court, que ce soit à la ferme, sur les marchés ou dans des coopératives agricoles… Ils recherchent des saveurs et militent pour le "fabriqué in France", la juste rémunération de l’agriculteur et la réduction de l’empreinte environnementale.
Pourtant, un petit ver se balade dans le fruit : 38 % des consommateurs trouvent l’offre en circuit court trop onéreuse. Message reçu par Dominique Schelcher, PDG de la Coopérative U, qui prône des produits locaux accessibles dans la revue économique Mermoz, publiée par le Cercle des économistes : "Actuellement, l’approvisionnement local auprès d’éleveurs de viande, de maraîchers, de charcutiers, de biscuitiers ou de producteurs de fromage représente jusqu’à 20 % de nos marchandises." Compte tenu des volumes d’achats des 1 600 magasins de la Coopérative U, les prix des produits locaux deviennent plus accessibles.
5. Respecter la nature en choisissant des produits de saison
Eviter de manger des fraises en décembre devient une évidence. Après les cuisiniers, c’est au tour des pâtissiers de montrer l’exemple. En témoigne Arnaud Mathez, chef pâtissier cofondateur avec son alter ego Mélanie du Jardin sucré, deux boutiques situées à Paris et en vallée de Chevreuse. Le duo ne travaille que des fruits de saison. "Tant pis si on ne trouve des fraises que quelques semaines, précise le chef. Cela exige une grande capacité d’adaptation et de la réactivité de la part des équipes. A l’automne, nous travaillons la pomme, et en hiver, essentiellement les pralinés et les fruits secs. Il suffit d’expliquer notre démarche pour convaincre les clients."
Et les saisons des poissons, qui les respecte ? On l’oublie souvent, mais consommer un bar ou un cabillaud en période de reproduction menace ces espèces. Aussi le site et l’appli Mr. Goodfish, financés par l’Union européenne, publient-ils tous les trois mois une sélection de poissons et de crustacés de saison. Sachez que juin correspond à la barbue, à l’espadon, à l’encornet rouge ou encore à la langoustine.
Bon appétit… durable !
