ru24.pro
World News
Май
2025

Bétharram, son audition, son futur… La semaine singulière de François Bayrou

0

François Bayrou porte une chemise blanche en lambeaux, le front perlant de sueur, et ferraille d’une seule main contre une dizaine d’adversaires aux épées, sabres et fleurets aiguisés. Assailli de toute part, la mort aux trousses. Mais son visage ne montre rien d’autre qu’une sérénité à toute épreuve : "Pardon, je… Je peux vous rappeler dans quelques petites heures ?", ose François Bayrou, l’oreille collée à son téléphone portable. Enfin… Le François Bayrou croqué par le dessinateur Duverdier dans l’édition locale du journal Sud-Ouest ce samedi matin. La caricature fait son petit effet dans les couloirs de l’hôtel de ville de Pau.

Les collaborateurs de "monsieur le maire" - il y tient, "monsieur le Premier ministre" est réservé aux révérences parisiennes - s’en délectent, fiers de leur patron. Le principal concerné, lui, savoure et y voit la marque d’une victoire incontestable : "Le dessin de ce matin est très juste! J'ai apporté, sur chacun des faits, des preuves absolues."

Trois jours après son audition pour le moins tendue devant la commission d’enquête parlementaire sur les violences à l’école, le Premier ministre, passé en coup de vent dans son bastion béarnais avant de s’envoler vers Rome pour la messe inaugurale du pape Léon XIV, ne montre aucun signe d’abattement. Pas de remise en question. Pas le moindre doute. "C’est un piège parfaitement monté pour que je n’aie aucune chance, moi je n’ai aucun souvenir d’il y a trente ans, aucun souvenir qu’il se soit passé quelque chose", dit-il le regard droit, imperturbable.

Du Bayrou dans le texte et dans le corps. Englué depuis les premiers jours de sa mission à Matignon dans cette affaire Bétharram qui, dit-il, lui a coûté quinze points dans les enquêtes d’opinion, lui se persuade que la joute à l’Assemblée nationale a servi sa défense ainsi que son honneur. Il y aura, selon lui, un avant et un après : "Je crois réellement que quelque chose s’est passé mercredi…"

Bayrou publiera sa défense

Fallait-il pour autant qu’un Premier ministre en exercice se présente face à une commission d’enquête parlementaire avec la ferme intention d’en découdre ? Fallait-il entrer dans le jeu du député Insoumis Paul Vannier et accepter de se muer en poids lourd d’un pugilat où l’honneur passe avant tout ? Est-ce seulement à la hauteur ? François Bayrou persiste et signe : il ne voyait pas d’autre choix. Il avait fait du lieutenant de Jean-Luc Mélenchon sa cible, en arrivant dans la salle avec La Meute sous le bras, le livre enquête implacable des journalistes Charlotte Bélaïch et Olivier Pérou sur les dysfonctionnements de la machine France Insoumise. "Il n’y a que lui pour faire un truc pareil, glisse un ami de longue date, et je peux parier très cher que c’est lui et lui seul qui a eu cette idée en se préparant la veille."

Quel rapport avec Bétharram ? Aucun. Mais avec son adversaire du jour… Bayrou croit à la puissance des symboles, surtout lorsqu’ils sont mis en évidence à ses côtés. L’occasion était trop belle pour ne pas tenter de faire trembler Paul Vannier, qu’il décrit comme "un absolu cynique aux méthodes d’agit-prop classiques des trotskistes".

Tant pis si les cinq heures d’audition ont pu décourager les Français de la suivre jusqu’à son terme. Tant pis si la virulence des échanges a pu les détourner du sujet véritable et les empêcher de démêler le vrai du faux. D’ailleurs, pour les assurer de sa bonne foi et de la solidité de sa défense, François Bayrou a prévu de publier dans les prochains jours, par écrit, ses justifications, "point par point, accusation par accusation, pour apporter des preuves factuelles et irréfutables".

Un fédérateur…

Malgré les sondages en berne et cette affaire Bétharram qui, d’après les sondeurs et leurs enquêtes qualitatives, continue de marquer profondément l’opinion publique, le Premier ministre se convainc que des jours meilleurs sont à venir. Selon lui, l’audition de mercredi n’a pas seulement contribué à l’innocenter, mais également à lui façonner une stature de rempart face aux agissements de la France Insoumise. Un héraut monté au front face à un camp - et plus globalement un monde politique - aux procédés sans foi ni loi : "Je crois qu’il y a des millions de gens qui pensent que les Insoumis, ça ne peut pas aller. Et donc, je pense qu'il faut porter la bataille contre eux,…", glisse-t-il.

François Bayrou donnerait-il rendez-vous ? Pour 2027, lui qui n’a jamais abandonné l’idée que sa place est bien davantage à l’Elysée qu’à Matignon ? Ou bien pour les élections municipales de 2026 à Pau, là où personne ne doute de son désir de se présenter pour un troisième mandat ? Qui sait, peut-être bien les deux à la fois.

Pour l’heure, la priorité est à la survie de son gouvernement, dont il loue le travail et l’ambiance générale : "Quand les gens sentent qu’ils sont respectés et qu’ils ont un chef, car il faut les deux, ça se passe bien", s’amuse-t-il quand on lui fait remarquer que certains LR, il y a de cela quelques mois, auraient préféré se couper le bras gauche plutôt que de travailler sous son autorité. Le voilà qui excuse même, à demi-mot, les sorties de Bruno Retailleau au motif qu’il est en campagne pour la présidence de son parti. Autant apparaître comme un bon manager quand le climat est orageux…

Fier d’avoir décollé le Parti socialiste de la France insoumise et d’avoir survécu à six motions de censure, le Béarnais sait, comme chacun dans son entourage, que le budget à venir sera peut-être son dernier et, avec, la fin de son CDD. Peut-être même plus tôt, si le président de la République le décide… Alors, il prépare ce qui pourrait être son baroud d’honneur, son grand œuvre, condition du deal avec Emmanuel Macron en 2017: la proportionnelle, quand bien même les troupes macronistes, au premier rang desquelles son prédécesseur Gabriel Attal, ont affirmé qu’ils ne la souhaitaient pas. "Il peut y avoir une majorité, j’en suis persuadé", martèle-t-il. Les voilà prévenus.