Entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou, des liens plus distendus que jamais
Il y a quelques mois encore, leur proximité semblait à toute épreuve. Mais, comme souvent avec Donald Trump, les coups de froid arrivent aussi vite que les marques de flatterie distribuées aux interlocuteurs qu’il tient en bonnes grâces. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, en fait l’amère expérience ces dernières semaines. Reçu en février avec chaleur par le président américain à la Maison-Blanche, il apparaît aujourd’hui de moins en moins protégé par son partenaire, agacé par l’intensification de la guerre à Gaza.
Symbole du climat de dissension entre les deux hommes : Donald Trump n’a pas prévu de halte en Israël durant sa tournée de trois jours au Moyen-Orient, entamée ce mardi 13 mai en Arabie saoudite, avant des visites au Qatar et aux Émirats arabes unis. Au moment où il espère conclure plusieurs "deals" économiques cruciaux avec les différentes monarchies pétrolières, pas question dans l’esprit du républicain de laisser les prises de position de Benyamin Netanyahou obstruer les négociations.
Les négociations avec l’Iran, le début de la brouille
Le début de la brouille date en fait de la seconde visite du dirigeant israélien à Washington, début avril. Sa visite intervient quelques jours après le lancement tous azimuts de la guerre commerciale voulue par le locataire de la Maison-Blanche. Comme la quasi-intégralité des pays du monde, Israël n’échappe pas aux droits de douane réciproques chers à Donald Trump – aujourd’hui pour la plupart suspendus. Des surtaxes de 17 % sont alors infligées aux exportations israéliennes sur le sol américain. Lui qui espérait faire infléchir le président américain sur le sujet, "Bibi" comprend rapidement que le milliardaire ne lui fera pas de traitement de faveur. Première déconvenue.
Mais l’épisode n’est rien à côté du choc vécu quelques minutes plus tard, lors d’un entretien dans le bureau Ovale, sous les yeux des journalistes. Contre toute attente, Donald Trump annonce le début de négociations sur le nucléaire avec l’Iran, l’ennemi juré d’Israël. Pas au courant, Benyamin Netanyahou encaisse la nouvelle en silence. Mi-avril, il aura la confirmation du changement de braquet de l’administration américaine : demandant l’appui de Washington sur un projet de frappe des infrastructures nucléaires de Téhéran, il se verra opposer une fin de non-recevoir. "Je ne les ai pas arrêtés. Mais je n’ai pas facilité une attaque, car je pensais qu’on pouvait trouver un accord avant", a expliqué Donald Trump à ce propos lors d’une interview accordée au magazine Time, fin avril.
Contrat à 1 000 milliards de dollars et ambition diplomatique
Depuis, les États-Unis poursuivent leurs échanges avec la République islamique, laissant au second plan le pouvoir israélien. Pendant ce temps, le conflit à Gaza, consécutif à l’attaque terroriste du Hamas sur le sol hébreu le 7 octobre 2023, n’en finit pas. Le mouvement islamiste, soutenu par l’Iran, et l’État hébreu ne parviennent pas à trouver d’accord diplomatique pour un cessez-le-feu dans la région. Donald Trump, qui avait un temps vanté le projet d’une "riviera" à Gaza ou promis de faire vivre "l’enfer" au Hamas, semble désormais davantage préoccupé par ses ambitions économiques dans le Golfe persique.
Un exemple ? Le cas de l’Arabie saoudite, devenu un acteur géopolitique majeur dans la région. L’homme fort du pays, Mohammed ben Salmane, a promis d’injecter 600 milliards de dollars dans l’économie américaine. Or, le président américain rêve de voir le prince héritier – "un type formidable" selon lui – gonfler l’enveloppe à 1 000 milliards de dollars. En contrepartie, une source indiquait ce mardi à l’AFP souhaiter assurer la livraison de plusieurs équipements militaires américains, en particulier des avions de chasse F-35 ou de précieux systèmes de défense antiaérienne.
Dans le même temps, Donald Trump ne désespère pas non plus de voir Riyad signer à terme les accords d’Abraham. Initiés par le républicain lors de son premier mandat, ceux-ci avaient permis la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes : les Émirats arabes unis et Bahreïn, puis, dans la continuité de ces textes, le Soudan et le Maroc. Mais l’attitude extrême du Premier ministre israélien, qui a annoncé début mai un plan de "conquête" de la bande de Gaza, n’est pas de nature à favoriser une avancée de "MBS" sur la question.
À la fois liée à des impératifs économiques et diplomatiques, la distance apparue entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou se fait encore plus importante depuis la semaine dernière. En cause ? La signature d’un cessez-le-feu entre les États-Unis et les rebelles Houthis du Yémen, là encore un groupe "proxy" de Téhéran. Depuis plusieurs mois, l’armée américaine s’était employée à lourdement bombarder le mouvement chiite, coupable de multiples attaques sur certains de ses navires de guerre. Mais les Houthis visent aussi régulièrement Israël pour son action dans la bande de Gaza. Dimanche, une de leurs frappes est par exemple parvenue à toucher le périmètre de l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv.
Benyamin Netanyahou de plus en plus fragilisé
Malgré la position menaçante des Houthis vis-à-vis de l’État hébreu, Washington n’a pas considéré essentiel de consulter Benyamin Netanyahou avant de conclure un accord de trêve avec le groupe, négocié par Oman. Selon les informations du New York Times, la démarche américaine a de nouveau grandement surpris le Premier ministre israélien. "Israël se défendra par lui-même", a-t-il réagi un peu plus tard, dans une vidéo publiée sur le réseau social X. "Si d’autres veulent se joindre à nous, comme nos amis américains, très bien. Si ce n’est pas le cas, nous nous défendrons nous-mêmes." Le camp américain n’a pas cherché à ménager son allié américain. "L’accord avec les Houthis n’a pas besoin d’une autorisation des Israéliens", a balayé l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee.
Si la dégradation des relations entre les deux dirigeants ne fait plus de doute, la rupture est-elle déjà consommée ? "Je ne dirais pas que c’est la fin de la lune de miel, mais c’est un signal très clair que Donald Trump n’est pas le Premier ministre israélien, mais bien le président américain", schématise Yohanan Plesner, président de l’Israel Democracy Institute, interrogé par le Wall Street Journal. La position américaine met aussi à mal l’avenir de la figure du Likoud à la tête de son gouvernement : sans soutien américain à ses mesures militaires les plus radicales, il ne pourra sans doute plus compter sur l’appui des ministres d’extrême droite avec qui il fait alliance aujourd’hui. Ce sont pourtant ces personnalités qui lui permettent encore d’être au pouvoir…
Donald Trump, considéré après son investiture par Benyamin Netanyahou comme "le meilleur ami qu’Israël ait jamais eu à la Maison-Blanche", va-t-il persévérer dans sa volonté de mise à distance ? Un dernier épisode semble pour le moment le confirmer : la libération de l’otage israélo-américain Edan Alexander, enlevé le 7 octobre 2023 lors des attaques du Hamas. Après 584 jours de captivité, il a pu rejoindre lundi le sol hébreu. Le mouvement islamiste a pris soin de souligner "les discussions directes" avec les États-Unis ayant permis selon lui de relâcher le soldat. Des pourparlers menés… sans qu’Israël soit tenu au courant de leur progression.
