Etats-Unis : comment Donald Trump s’immisce dans la course à la mairie de New York
Cinq mois pour convaincre. Le 4 novembre prochain, les électeurs new-yorkais se rendront aux urnes pour désigner leur maire. Une course qui promet d’être serrée. En temps normal, Eric Adams, maire démocrate sortant de la plus grande ville des Etats-Unis, n’aurait pas eu d’adversaire sérieux lors des primaires de son parti et serait largement favori des municipales.
Mais c’était sans compter cette année sur l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Le magnat de l’immobilier tente d’avoir la mainmise sur l’un des principaux bastions démocrates. En ordonnant, début avril, la levée des poursuites judiciaires contre Eric Adams, le président américain a bouleversé l’élection à laquelle 14 personnes sont officiellement candidates.
Le ministère de la Justice a abandonné le mois dernier l’affaire contre Eric Adams, accusé de corruption et de financement illégal de campagne. Une décision qui a conduit à la démission de sept procureurs à New York et à Washington. Le juge fédéral Dale Ho, en charge de l’affaire de corruption, a déclaré que l’arrangement entre le maire et le ministère de la Justice "sentait la bonne affaire : le rejet de l’acte d’accusation en échange de concessions de politique d’immigration".
L’affaire Eric Adams au cœur de la campagne
Des soupçons qui se sont renforcés après la visite d’Eric Adams, le 9 mai, à la Maison-Blanche. Le maire a publié trois vidéos sur les réseaux sociaux sur l’importance de travailler avec le président. Au même moment, des documents liés à son affaire de corruption fédérale abandonnée étaient publiés. Pour le maire de New York, aucune corrélation entre ces deux évènements : celui-ci est simplement venu discuter d’un projet de parc éolien au large des côtes de Long Island annulé par l’administration Trump le mois dernier. Autre son de cloche du côté du président américain. A la question "de quoi avez-vous discuté ?", le républicain répondra simplement : "Presque rien. Je pense qu’il est venu me remercier, franchement. "
Le juge n’est pas le seul à avoir "senti" une bonne affaire. Au vu de cet arrangement soupçonné, les démocrates se sont unis contre le maire de New York. Leur objectif : prouver qu’eux sont capables de tenir tête à Donald Trump. Et ce, au point de pousser Eric Adams à candidater en tant qu’indépendant en novembre prochain. Depuis, de nombreux candidats aux primaires démocrates se lancent, et espèrent ainsi profiter de la vulnérabilité de l’actuel maire de New York.
Donald Trump, le "facteur le plus important" de l’élection
"Le nom du président Trump ne figure peut-être pas sur le bulletin de vote, mais sa présence est sans doute le facteur le plus important que les candidats aux primaires démocrates doivent gérer", a analysé pour Politico Austin Shafran, stratège démocrate basé à New York. "Ne pas montrer que l’on peut lui tenir tête pourrait être un facteur de disqualification majeur parmi les électeurs des primaires - en particulier chez les électeurs noirs". Et cela, les adversaires d’Eric Adams l’ont bien compris. Un candidat a réalisé sa première publicité télévisée la semaine dernière et s’est mis en scène écrasant une Tesla portant le nom de Donald Trump, tandis qu’un autre a ouvertement accusé Eric Adams de se prosterner avant le républicain pour éviter les poursuites. Brad Lander, autre candidat démocrate, a quant à lui tenu des conférences de presse hebdomadaires anti-Trump et deux assemblées publiques.
Depuis ses cent premiers jours de mandat, le président américain s’est immiscé dans les affaires de la ville de New York. Celui-ci a entre autres décidé de mettre fin au programme controversé de péage à Manhattan, retiré les fonds destinés à l’aide aux migrants d’un compte bancaire de la ville et est intervenu dans l’affaire d’Eric Adams. La plupart des électeurs démocrates de New York souhaitent désormais un maire qui se battra contre Donald Trump, selon des sondages de l’Emerson College. De quoi motiver les candidats démocrates à oser défier le président américain.
Mais gare à celui qui se vanterait de pouvoir y parvenir. "J’adore ces gens qui disent qu’ils peuvent s’occuper de Donald Trump", a ironisé Andrew Cuomo, ancien gouverneur de New York et candidat à la mairie de la ville, à propos de ses adversaires lors d’un forum organisé par le Parti démocrate de Brooklyn. "Mais il y a une vieille expression de boxe où la personne qui s’apprête à monter sur le ring dit : 'J’ai un plan. J’ai un plan'. Oui, tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’il reçoive un coup de poing dans la bouche". Prochaine étape : la journée des primaires démocrates, le 24 juin.
