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Май
2025

Immigration : les "réformes radicales" de Keir Starmer vues par la presse britannique

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"Le Labour nous prend tous pour des imbéciles", affiche en majuscules le Daily Mail dans sa Une sensationnaliste de ce mardi 13 mai. Le titre conservateur dénonce un plan aux "politiques recyclées" et "qui va à l’encontre de tout ce que [Keir Starmer] a jamais cru", après que le Premier ministre britannique a dévoilé la veille de nouvelles mesures pour réduire l’immigration légale au Royaume-Uni.

Keir Starmer "a délivré son message le plus dur à ce jour sur l’immigration", selon The Mirror, qui évoque "une escalade du langage". Le tabloïd rapporte les propos du leader du parti travailliste (centre-gauche), selon lequel le Royaume-Uni risquerait de devenir une "island of strangers" (île d’étrangers, ou d’inconnus, selon la traduction).

Une citation choc reprise en titre par The Times, qui évoque des "restrictions sur toutes les formes de visas". Le livre blanc du gouvernement prévoit notamment la fin du recrutement international pour les travailleurs sociaux ainsi que la réduction de vingt-quatre à dix-huit mois de la durée de séjour au Royaume-Uni des étudiants étrangers venant d’obtenir leur diplôme.

Une promesse sans entrer dans les détails

"Sir Keir Starmer a qualifié les niveaux record d’immigration de 'chapitre sordide' pour la politique et l’économie, alors qu’il dévoilait les mesures de répression les plus radicales contre l’immigration depuis le Brexit", ajoute le journal de centre-droit. Les migrants devront passer dix ans dans le pays avant de pouvoir demander la nationalité britannique. Cela met fin à l’établissement automatique au bout de cinq ans actuellement en vigueur.

Les nouvelles mesures doivent accélérer l’arrivée de "personnes hautement qualifiées et hautement contributives qui respectent les règles", a déclaré le chef du gouvernement. Scottish Television donne les exemples des "infirmières, médecins, ingénieurs et leaders en matière d’IA".

Dans sa longue conférence de presse, le travailliste a refusé de fixer des objectifs sur la baisse de l’immigration. S’il a souligné que cette dernière faisait "partie de l’histoire nationale britannique", comme le note la chaîne écossaise, il n’en a pas moins promis qu’elle "diminuer[ait] "considérablement", utilisant à plusieurs reprises le mot "promesse", comme le relève The Guardian.

"La principale préoccupation de Keir Starmer semblait être de fixer le cadre politique, plutôt que d’expliquer le détail de la politique", écrit le quotidien de centre-gauche. "Plutôt que de désamorcer les inquiétudes du public, le Premier ministre risque [...] de saper la cohésion communautaire qu'il dit vouloir protéger", alerte aussi le journal dans son éditorial. Le chef du gouvernement a rejeté l’idée qu’une baisse de l’immigration serait négative pour la croissance économique. Le titre indépendant rappelle pourtant que "les économistes estiment généralement que l’immigration stimule la croissance".

Montée de l’extrême droite

"Des centaines de migrants traversent la Manche durant le discours de Keir Starmer promettant de 'reprendre le contrôle' de nos frontières", écrit de son côté le tabloïd de droite The Sun. Dans la nuit de dimanche à lundi encore, un homme est mort en tentant la traversée, selon les garde-côtes français. Le solde migratoire annuel, c’est-à-dire la différence entre le nombre d’immigrants et d’émigrants, était de 900 000 personnes en juin 2023 d’après l’Office national des statistiques, un record. Ce chiffre, depuis en baisse, avait été multiplié par quatre depuis 2019, alors que le pays était dirigé par les conservateurs.

Avec son plan, le Premier ministre effectue un virage à droite sur la question migratoire, tranchant ainsi avec le positionnement classique des travaillistes. Pour l’expliquer, le Financial Times souligne que l’ancien avocat spécialisé dans les droits humains est "sous la pression [du parti] Reform UK et des conservateurs".

"Les politiques et la rhétorique dure de Keir Starmer sont apparues le mois où le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage a remporté d’importants succès aux élections locales anglaises", continue le quotidien économique londonien. Le scrutin, qui s’est déroulé dans quelques régions d’Angleterre le 1er mai, a confirmé la percée du parti d’extrême droite, avec 677 places remportées sur plus de 1 600, au détriment notamment du Parti conservateur.

Keir Starmer a "écouté et appris de Reform UK", a d’ailleurs jugé lundi sur la BBC le député et chef adjoint du parti anti-immigration Richard Tice, tout en doutant de sa capacité à tenir ses promesses.