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Май
2025

Conquête de l’Algérie : la mission secrète de l'espion de Napoléon

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Le plan a pris la poussière aux archives de l’armée napoléonienne pendant vingt-deux ans. Tout y est : la description des fortifications d’Alger, "un mur à l’antique, de 11 à 12 mètres de hauteur, couronné d’ouvertures à meurtrières et en tout de 214 embrasures à canons" ; la revue de l’infanterie ennemie, composée de "15 000 hommes au grand maximum" ; l’inventaire des maladies locales. "Le mal vénérien est général […], la teigne et la gale y sont très communes."

L’auteur s’appelle Vincent-Yves Boutin. Fils d’une modeste famille d’artisans du Loroux-Bottereau, en Loire-Atlantique, il fait carrière dans l’armée et gagne le respect de Napoléon à Constantinople, où il est chargé, en 1806, d’établir les défenses contre la flotte britannique, dirigée par l’amiral Duckworth. En quelques mois, Constantinople est barricadée. Les Anglais battent finalement en retraite. La légende de Boutin est née.

Débarquement à Sidi-Ferruch

Deux ans plus tard, Napoléon envisage de conquérir l’Algérie pour faire de la Méditerranée un "lac français" face au rival anglais. A son ministre de la marine, le vice-amiral Decrès, l’empereur écrit le 18 avril 1808 : "Monsieur Decrès, Méditez l’expédition d’Alger, tant sur le point de vue de mer que sous celui de terre. Un pied sur cette terre d’Afrique donnera à penser à l’Angleterre. Y a-t-il sur cette côte un port où une escadre soit à l’abri d’une force supérieure ? Quels seraient les ports où l’armée, une fois débarquée, pourrait être ravitaillée ? […] Quelle est la saison où la peste n’est plus à craindre et où l’air est bon ?" Pour répondre à ces questions, Bonaparte suggère à son ministre d’envoyer l’un de ses "ingénieurs discrets", "de tact et de talent". Vincent-Yves Boutin est l’homme de la situation.

Sa mission secrète : repérer les lieux en vue d’un débarquement à Alger. L’espion arrive à Alger le 24 mai 1808, à bord du voilier Le Requin. Il s’attelle à la tâche, deux mois durant, arpente la casbah d’Alger, sillonne la côte, déguisé en pêcheur. Au bout de sa canne, un plomb pour sonder les fonds. Plus d’une fois la police du dey le soupçonne, et l’avertit. L’agent persiste. Il revient avec une mine d’informations, un rapport complété d’un atlas de 15 cartes, identifiant le meilleur lieu pour débarquer : la presqu’île de Sidi-Ferruch, à 30 kilomètres à l’ouest d’Alger, une zone à l’écart des denses fortifications de la capitale. "Le rivage, dans ce même espace, est partout accessible ; il est sablonneux ou de terre très meuble ; il n’a presque pas de commandement, il y règne dans certains endroits un petit cordon de dunes de 4 à 6 m d’élévation ; mais l’atterrage est partout facile" conclut Vincent-Yves Boutin.

L’expédition est finalement reportée, mais pas abandonnée. En 1830, sous le règne du roi de France Charles X, c’est à Sidi-Ferruch que l’armée tricolore débarque, en respectant à la lettre les recommandations de l’agent de Napoléon. Aujourd’hui encore, une rue d’Alger porte le nom de "Boutin".