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Апрель
2025

Mort du pape : François, pèlerin de la paix et apôtre de l'écologie

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Lorsqu'il est élu pape le 13 mars 2013, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, décide de prendre le nom de François en hommage à Saint François d'Assise. Durant les 12 années de son pontificat, de Jérusalem à Bagdad, il délivrera le message de son modèle, "Fais de moi l'instrument de ta paix", à travers plus de 60 pays.

"J'offre ma maison"

En mai 2014, un an après son élection, le pape François se rend en Terre sainte. Il rencontre à Jérusalem le patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée pour un échange ocuménique historique en faveur de l’unité des chrétiens. Plus tard à Bethléem, il invite les chefs d'Etat israélien et palestinien à venir prier avec lui au Vatican. Début juin, les jardins de la cité papale accueillent cette prière historique et inédite, qui réunit Shimon Peres et Mahmoud Abbas.

Dans L'Express, Christian Makarian analyse la portée géopolitique du voyage du pape : "Un pape vêtu de blanc et un patriarche drapé de noir se sont retrouvés sur le tombeau du Christ, l'Occident et l'Orient d'une même foi. Derrière l'aspect anachronique de cette image surgit la réalité profonde de forces spirituelles toujours agissantes. On aurait tort de s'en tenir à la célèbre moquerie de Staline ('Le pape, combien de divisions ?') et de traiter par la dérision la diplomatie du Vatican.

Le pape François et le chef de l'Eglise orthodoxe Bartholomée s'agenouillent à l'entrée de la basilique du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, le 25 mai 2014

Cinquante ans après le geste historique de Paul VI donnant l'accolade à Athénagoras, Jérusalem a été une nouvelle fois le décor - naturel - de fraternelles embrassades entre les deux familles de la chrétienté les plus anciennes. [...]

Le grand mérite de François est d'avoir repris le flambeau du pape diplomate, que ce soit pour resserrer les liens avec l'orthodoxie, pour défendre la cause des chrétiens d'Orient, particulièrement menacés en Syrie, ou pour inviter à brûle-pourpoint Palestiniens et Israéliens à venir se rencontrer au Vatican. Saintes provocations."

"Je suis ici comme un frère"

En 2019, pour son vingt-septième voyage apostolique, le pape François se rend aux Emirats arabes unis. Sous la plume de Christian Makarian, L'Express décrypte les rapports du pape avec le monde musulman.

Le pape François accueilli par des milliers de fidèles avant une messe dans un stade d'Abou Dhabi aux Emirats arabes unis le 5 février 2019

"Derrière le caractère inédit, spectaculaire, historique de la visite qu'effectue François aux Emirats arabes unis, se dissimule une stratégie profonde, qui vise à la fois à désenclaver le christianisme et à favoriser l'évolution de la religion musulmane vers la modernité. Les rapports subtils entretenus par l'actuel chef de l'Eglise catholique avec l'Islam se lisent en effet à deux niveaux ; l'un se déroule en pleine lumière, l'autre se situe dans l'ombre.

Le choix d'Abou Dhabi est loin de relever du hasard : la capitale des Emirats est aussi celle de l'Etat le plus proche du royaume wahhabite d'Arabie saoudite. Autant dire qu'exercer une influence, ou tout simplement exprimer une présence à Abou Dhabi, revient à provoquer un écho direct en Arabie, pays qui règne sur les deux principaux lieux saints de tout l'islam.

C'est donc a priori le pays idéal pour le 'message de paix' que le souverain pontife est venu porter dans le golfe Persique, épicentre d'un triple conflit entre Arabes sunnites et Iraniens chiites, entre sunnites de la péninsule arabique et rebelles chiites du Yémen, entre tenants d'une société traditionnelle où la religion est aux mains des émirs et partisans d'un Islam transformé en doctrine politique (autrement nommé Islamisme). Fidèle à sa ligne, le pape se rend au coeur des conflits, il ne reste pas à distance, comme il l'a fait avec les migrants en Méditerranée, ou avec les Rohingya en Asie.

L'autre versant de son action est plus discret, mais pas moins important. Celui que ses plus farouches adversaires nomment méchamment le 'pape islamisé' suit en effet une ligne très délicate - et controversée - qui l'a déjà conduit en Egypte, en Azerbaïdjan (surtout pour 'équilibrer' le voyage qu'il avait effectué préalablement en Arménie), au Bangladesh (où il a soutenu la cause des réfugiés musulmans Rohingya, persécutés par les extrémistes bouddhistes) et en Turquie."

"Que se taisent les armes !"

En 2021, François est le premier souverain pontife à visiter l'Irak où Jean-Paul II avait souhaité se rendre en 2000, avant d'en être empêché par Saddam Hussein. Le pape révèlera dans ses mémoires avoir échappé durant ce voyage à deux tentatives d'assassinat. Dans L'Express, l'historien Pierre-Jean Luizard analyse les dangers d'instrumentalisation de cette visite :

"Dans la communauté chiite, on a assisté à plusieurs tentatives d'instrumentalisation de la visite du Pape, faisant croire que l'on défend les chrétiens alors que rien n'est fait sur le terrain, au contraire. De son côté, par ce voyage, le pape avalise malgré lui le communautarisme à l'oeuvre en Irak. il y a un grand risque de le voir tomber dans le piège du communautarisme, ce que cherchent ses interlocuteurs.

Il y a en effet deux grands absents dans cette visite : un représentant des Arabes sunnites et un représentant du mouvement de contestation. Il n'a peut-être pas eu le choix, mais cette visite pourrait alors être récupérée par des politiques qui sont éloignés du discours humaniste du pape. Il n'a face à lui que des interlocuteurs qui ont sécularisé la religion pour en faire une arme politique."

Le pape François dans sa papamobile dansun stade à Erbil, en Irak, le 7 mars 2021

Un apôtre de la cause environnementale

En mai 2015, la publication de l'encyclique Laudato si’ (Loué sois-tu), fait l’effet d’une révolution. Le pape François, très sensible à la préservation de la planète qu'il qualifie de 'maison commune', y développe pour la première fois la notion d’écologie intégrale. Dans L'Express, Valentin Ehkirch et Baptiste Langlois se demandent si François est le premier pape vert.

"Si l’encyclique Rerum novarum a marqué le début de la doctrine sociale sur les questions ouvrières et de justice à la fin du XIXe siècle, Laudato si’ a ouvert un nouveau champ en déclarant que la justice sociale ne peut pas s’exonérer de justice écologique', analyse Laura Morosini, directrice Europe de Laudato Si’, un mouvement environnementaliste et chrétien né de cet appel.

François serait-il le premier pape vert ? La question, ainsi posée, agace le frère Thomas Michelet. 'Tous, chrétiens compris, s’extasient comme s’il était le premier à parler d’écologie', soupire le vice-doyen de la faculté de théologie de l’université pontificale Saint-Thomas d’Aquin, qui a consacré un ouvrage à la relation entre les souverains pontifes et l’écologie. La pensée papale sur le sujet perlait déjà dans les réflexions et écrits éparpillés de Jean-Paul II ou Benoît XVI, rappelle-t-il. Mais François a marqué un changement majeur dans la mise en lumière de la crise climatique et la manière d’en parler -'un génie de la communication', reconnaît le dominicain."