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Июнь
2023

Européennes : le RN en pôle position, le PS et EELV plus forts seuls que la Nupes

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Le 9 juin 2024 se tiendront les élections européennes. Premier rendez-vous électoral depuis les législatives, ce scrutin est encore très lointain aux yeux des Français. Une récente enquête Eurobaromètre réalisée par Kantar Public pour le Parlement européen montre ainsi que la France occupe au sein des 27 pays de l’UE le dernier rang s’agissant de la connaissance par la population de la date de ce scrutin : seulement 20 % des Français savent qu’elles auront lieu en 2024, quand la moyenne européenne s’établit à 45 %.

Dans ce contexte, les premières enquêtes d’intention de vote publiées récemment, si elles offrent – comme aiment le dire les sondeurs – une "photographie à l’instant t" du rapport des forces politiques, rendent peu compte des incertitudes et des hésitations des électeurs ou tout simplement de leur éloignement vis-à-vis de ce scrutin. Afin de mieux appréhender cette réalité, nous avons adopté à Kantar Public une approche différente au travers de l’analyse des "potentiels électoraux". Contrairement à une intention de vote où l’on demande aux futurs électeurs de "choisir" une liste et une seule, il s’agit ici de leur demander pour chaque liste dans quelle mesure ils envisagent ou non de voter pour elle. Les électeurs peuvent ainsi faire part de leur hésitation entre plusieurs listes. Cela permet d’évaluer pour chacune son potentiel électoral, au-delà de son socle, mais également ses limites, en tenant compte de la proportion d’électeurs qui n’envisageraient en aucun cas de voter pour elle.

A un an du scrutin, que nous apprend l’analyse de ces potentiels ? D’abord que la liste du RN arrive nettement en tête des probabilités de vote, 32 % des Français disant pouvoir voter pour elle. Elle peut s’appuyer à la fois sur un noyau dur d’électeurs (9 % des électeurs se disent déjà certains de voter pour elle). Il est aussi notable que son niveau de rejet (ceux qui déclarent qu’ils ne voteraient jamais pour cette liste) soit assez proche de celui des autres listes, et inférieur à ceux observés pour les listes de La France insoumise, de la Nupes ou de Reconquête. En 2019, la liste RN était arrivée en tête du scrutin européen, mais de peu : avec 23 % des voix, elle devançait de moins d’un point la liste Renaissance menée par Nathalie Loiseau.

Européennes : les espoirs de la droite, les doutes de la gauche.

La fragile alliance de la Nupes

Pour 2024, le potentiel de la liste de la majorité est à date nettement plus faible que celui du RN, avec 25 % des Français. Surtout, elle est au coude-à-coude avec la liste LR, dont le potentiel s’établit à 24 %, bien au-dessus des 8 % obtenus par la liste menée par François-Xavier Bellamy en 2019. Le scrutin européen pourrait donc être une réelle opportunité pour le parti de droite, et la concurrence s’annonce rude avec la liste de la majorité, dont la sociologie électorale est relativement proche.

A gauche, l’analyse des potentiels révèle que, sur un plan strictement électoral, ni le PS ni a fortiori EELV n’ont intérêt à une liste commune sous la bannière Nupes. Le potentiel électoral d’une liste PS seule est en effet de 21 %, au même niveau que celle d’une liste Nupes, tandis que celui d’une liste EELV grimpe à 27 %. De plus, une part significative des potentiels électeurs des listes EELV et PS (autour de 40 %) n’envisage pas de voter pour une liste Nupes. La Nupes semble avoir perdu à la fois son utilité fonctionnelle (très utile dans le scrutin à deux tours des législatives, l’union présente peu d’intérêt dans une élection à la proportionnelle) et son attractivité. Reste une utilité symbolique, la possibilité d’arriver en tête, mais il n’est pas sûr qu’elle ait tant d’importance aux yeux des Français, et elle ne fait pas sens au regard de la finalité du scrutin, la composition du Parlement européen.

* Guillaume Caline est directeur enjeux publics et opinion chez Kantar Public.