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Октябрь
2021

Dans le Puy-de-Dôme, les espèces seraient-elles en voie de disparition ?

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La question mérite d’être posée à l’heure où l’on paie par tous les moyens possibles et imaginables : les espèces sont-elles en voie de disparition ? Devra-t-on se résoudre à abandonner pièces et billets au fond d’un tiroir pour privilégier la carte bancaire, le téléphone, l’ordinateur voire la montre connectée ?

Dans son étude « L’utilisation des espèces en France et dans la zone euro », la Banque de France répond non, sans détour : « Si le déclin de l’usage transactionnel des espèces se poursuit au profit des paiements digitaux, leur disparition n’est pas à l’ordre du jour ». Pourtant, le constat est clair, aucun des organismes bancaires que nous avons sollicités et présents sur le territoire du Puy-de-Dôme ne conteste la baisse relevée plus haut.

Des retraits en chute

« Le nombre de retraits d’espèces a chuté de près de 60 % au début du confinement, la baisse s’est ensuite stabilisée à - 20 % environ après le déconfinement », observe Isabelle Calvairac, directrice de la communication de la Caisse d’Épargne Auvergne Limousin. Elle l’explique ainsi :

La crise sanitaire a été un accélérateur des tendances amorcées depuis plusieurs années, notamment sous la pression des réglementations qui visent à limiter les transferts de cash et lutter contre la fraude fiscale.

Isabelle Dugat, responsable de la communication du Crédit Agricole Centre France, modère cette baisse : « Il est certes observé un fléchissement du nombre de retraits, mais qui ne se vérifie pas sur les montants. Dit autrement, le montant du retrait moyen a augmenté ».

De nouveaux usages

Pourquoi va-t-on moins vers le distributeur de billets qu’avant ? Tout simplement parce que « les petits paiements ont tendance à se dématérialiser », analyse Isabelle Calvairac.Le paiement sans contact via le téléphone se développe (photo Thierry Nicolas).Grâce au sans-contact « boosté par le relèvement du plafond à 50 € en avril 2020 » et qui « représente près de 50 % des paiements par carte (panier moyen de 38,50€) de janvier 2020 à mai 2021 (*) ». Grâce au paiement sur mobile, déployé à titre d’exemple par la Caisse d’Epargne dès 2017, « en augmentation de 150 % en France sur les quatre premiers mois de 2021 (*) ». Grâce à la solution « Paylib entre amis » ou encore aux applis mobiles.

Les espèces résistent

Et pourtant, les espèces résistent. L’enquête Space, menée par l’Eurosystème, montre qu’en 2019 les paiements par carte ne représentaient que 35 % des transactions en France, contre 59 % pour les espèces.« Elles restent le moyen de paiement privilégié, en nombre, pour les achats du quotidien », affirme-t-on à la Banque de France, rappelant que la loi va dans ce sens :

Un commerçant ne peut pas refuser un paiement en espèces, au nom de la liberté de choix de l’instrument de paiement par le consommateur.

Les commerçants s’adaptent (lire ci-dessous), les collectivités aussi.

À la Ville de Clermont-Ferrand par exemple, on a modernisé le paiement du stationnement pour prendre en compte les nouveaux usages… sans oublier les traditions. « Nous avons essayé de diversifier le mode de paiement, en créant un outil supplémentaire pour faciliter la vie », explique Cyril Cineux, adjoint au maire de Clermont.

Monnaie de rigueur à l'horodateur

Il fait allusion à l’application ParkNow, qui permet de payer à partir de son téléphone portable. Pratique, « quand on n’a pas la pièce qu’il faut dans la poche ou si l’on a oublié sa carte bancaire. Mais nous restons attentifs à faire en sorte que l’offre ne soit pas uniquement numérique ».

Une façon de rassurer ceux qui préfèrent payer à l’horodateur avec de la monnaie. Et ils sont nombreux comme le prouvent les données fournies par la Ville : en 2020, les transactions ont été effectuées à hauteur de 76,30 % par monnaie, 8 % par carte bancaire et 15,70 % par ParkNow.(*) Source : Observatoire Natixis Paiements.

Déjà en plein boom avant la crise sanitaire, le sans-contact a bénéficié du recours aux gestes barrières des derniers mois. Et dans son commerce où le panier moyen est de 16 € (le plafond du paiement sans contact étant fixé à 50 €), ce système a la cote, remarque Vincent Charbonnel, que ce soit avec la CB ou le téléphone.

Nous avons beaucoup d’étudiants dans le quartier. Neuf sur dix paient avec leur portable. Et la plupart n’ont même pas de monnaie dans la poche. Les montres connectées, c’est beaucoup plus rare, mais on doit bien en avoir une par jour.

Le commerçant s’est adapté depuis longtemps à ces nouveaux usages. Le terminal de paiement électronique a été mis à jour pour accueillir tous les supports et le couple a pris le parti, « il y a deux ou trois ans », d’accepter le paiement par carte bancaire dès 1 € minimum. Ce qui rend bien service aux clients qui viennent acheter le journal ou aux jeunes qui ne déboursent souvent que de petites sommes.Dans le commerce de Vincent Charbonnel, les espèces ne représentent plus qu'un tiers des transactions.

Vincent Charbonnel est conscient de payer des commissions sur les transactions bancaires. Mais il l’accepte volontiers. « C’est beaucoup plus sécurisant et pratique. On n’a pas d’argent à amener en banque et l’on est directement crédité sur notre compte le soir même. »

Thierry Senzier